Arcades nous propose de redécouvrir en bonne définition un thriller politique haletant qui transforme le Paris de 1985 en terrain de chasse pour un journaliste sportif malgré lui propulsé au cœur d’un complot néo-nazi.
Urgence sort le 30 janvier 1985, dans la foulée directe de Rue Barbare, le film qui avait propulsé Gilles Béhat au rang des cinéastes bankables en attirant deux millions de spectateurs en 1984. Comédien à l’origine, vu notamment dans Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès ou dans la série Les Rois maudits, Béhat avait tâtonné avec deux premiers films passés inaperçus avant cette consécration tardive. Urgence est donc son cinquième long-métrage, celui d’un cinéaste en pleine confiance à qui la production accorde des moyens à la hauteur de ses ambitions. La suite de sa carrière sera plus chaotique : après Les Longs manteaux, son second succès public, elle déclinera fortement.
Max Forestier, jeune journaliste infiltré dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé, il a juste le temps de remettre à sa sœur Lyza un étrange message. Elle parvient à s’enfuir jusqu’à l’agence de presse Omega, où elle rencontre Jean-Pierre Mougin, un chroniqueur sportif embarqué malgré lui dans une enquête marathon de trente-six heures pour déjouer l’attentat.
Richard Berry est impeccable dans ce rôle de journaliste ordinaire dépassé par les événements, sans doute dans l’un de ses meilleurs rôles. Bernard-Pierre Donnadieu s’impose avec sa seule présence physique : taille imposante dans une veste cintrée en cuir noir évoquant l’uniforme de la Gestapo, coupe blonde en brosse et regard acier, il compose un antagoniste mémorable qui s’exprime finalement très peu. Fanny Bastien, tout juste révélée dans Pinot simple flic de Gérard Jugnot, forme avec Berry un tandem qui fonctionne aussi bien que dans un buddy movie, même si son jeu reste parfois monolithique face à l’investissement de ses partenaires. Le reste de la distribution est solidement tenu par Jean-François Balmer et Catherine Allégret dans des seconds rôles bien dessinés.
La bande originale de Jean-Hector Drand, avec ses sonorités très marquées années 80, peut aujourd’hui paraître kitsch mais fait plaisir à entendre pour qui a forgé sa cinéphilie avec les films de cette époque. Elle épouse le tempo du film avec efficacité, soulignant les scènes de poursuite sans jamais les étouffer.
Ce qui distingue Urgence de bien d’autres polars de l’époque, c’est son ambition de dresser un tableau politique et social de la France du moment : la montée des groupuscules d’extrême droite, la compromission de certains officiers de police, le terrorisme raciste. Le fond de l’histoire, avec son groupuscule néo-nazi dans lequel sont compromis des politiques et des policiers, montre que cette préoccupation fait surface de manière cyclique et que la triste actualité prouve la persistance de la violence comme vecteur idéologique. Sur la forme, Béhat évite soigneusement l’effet carte postale : son Paris est gris, froid, constamment pluvieux, fait de parkings souterrains, de rues embouteillées et de banlieues sans glamour. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un film dans le film, procédé formel rare dans le polar hexagonal de l’époque. La photographie et le montage donnent au film une allure de thriller anglo-saxon, ce qui était assez rare dans le cinéma français du milieu des années 80.
Le Blu-ray édité par Arcadès le 17 mars 2026 marque une première importante : Urgence n’avait bénéficié jusqu’ici que d’une sortie DVD en 2009 chez LCJ Éditions, sans le moindre supplément. C’est donc la première fois que le film est disponible en haute définition. Il s’agit bien de la version identique à celle sortie en salles, sans montage alternatif ni scènes inédites. Aucun commentaire audio n’accompagne le film.
Le disque propose deux modules présentés par Jérôme Wybon, spécialiste du cinéma français. Le premier, intitulé Le Cinéma français en garde à vue — Le Polar des années 80, d’une durée d’environ dix-huit minutes, dresse un large tour d’horizon du genre dans la décennie, depuis l’impact fondateur de La Guerre des polices jusqu’aux œuvres majeures comme Garde à vue de Claude Miller ou La Balance de Bob Swaim. Ces deux modules constituent des suppléments entièrement inédits, qui n’existaient pas lors de la sortie DVD.
Côté image, le piqué est inégal, plus convaincant sur les scènes diurnes que dans les séquences nocturnes, et la palette chromatique reste aléatoire. Le mixage audio DTS-HD Master Audio Mono 2.0 s’en tire mieux : les dialogues sont délivrés avec clarté, les effets sont riches, les silences denses, sans souffle parasite. L’éditeur a également pensé au public sourd et malentendant en fournissant des sous-titres français adaptés.