Django prépare ton cercueil : fantôme vengeur…

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Un Django peut en cacher un autre. Ce n’est pas celui de Sergio Corbucci que Sidonis Calysta ressort le 23 octobre en combo DVD/Blu-ray, mais son plus fidèle cousin : Django, prépare ton cercueil (Preparati la bara!), tourné en 1968 par Ferdinando Baldi. Un western sec, nerveux et sombre, où un jeune acteur aux yeux bleus qu’on connaît surtout pour ses rires et ses baffes, Terence Hill, endosse le long manteau du justicier au cercueil. Et il le fait avec un sérieux qui surprendra ceux qui ne l’ont jamais vu sans sa bonne humeur.

Né en 1927 près de Salerne et mort à Rome en 2007, Ferdinando Baldi est un pur artisan du cinéma populaire italien. Il débute dans le péplum, où il signe notamment David et Goliath avec Orson Welles, avant de passer au western, qui lui offre ses plus belles réussites. On lui doit Texas Adios avec Franco Nero, puis Blindman, le justicier aveugle avec Ringo Starr, et plus tard le western en 3D Comin’ at Ya!, tourné au début des années 1980. Baldi n’a jamais prétendu à la signature d’auteur, mais il a toujours eu le sens du rythme et de l’image qui impressionne.

Côté coulisses, l’histoire est savoureuse. Franco Nero, qui avait lancé le personnage deux ans plus tôt, refuse de reprendre le rôle car il part tourner à Hollywood, et la production le remplace au pied levé par Mario Girotti, alias Terence Hill, engagé pour sa ressemblance physique avec lui. En Italie, le titre ne portait d’ailleurs pas le nom de Django : c’est à l’exportation, notamment en France, que le héros a été rattaché à la saga, tant le nom valait de l’or au box-office. Autre clin d’œil du destin : le directeur de la photographie n’est autre qu’Enzo Barboni, qui avait déjà éclairé le Django de Corbucci, et qui allait bientôt passer derrière la caméra pour signer On l’appelle Trinita, la comédie qui fera de Terence Hill une star mondiale. Le méchant est campé par l’Allemand Horst Frank, et George Eastman, futur visage du cinéma d’horreur italien, fait partie de la bande de tueurs.

L’intrigue tient en quelques lignes, comme il se doit dans le genre qui compte plus de 60 variations sur le personnage iconique avatar d’Hercule . Django, convoyeur au service des banques, est l’ami du sénateur Barry, un ambitieux qui rançonne les convois à la tête d’une bande de tueurs. Pour chaque méfait, un innocent est condamné, et le butin finance la campagne du sénateur pour devenir gouverneur. Quand Barry s’en prend à Django et lui prend sa femme, l’homme devient bourreau officiel de la région. Chargé de pendre les condamnés, il truque les exécutions, sauve ces hommes de la corde et se constitue une petite armée de vengeurs prête à renverser le sénateur. Le film mérite son sous-titre de « vengeance du bourreau ».

Baldi filme ce récit avec une efficacité qui force le respect. Les cadrages larges rendent justice aux paysages arides, les gros plans sur les visages sont rares mais bien placés, et les scènes de fusillade, d’une violence pour l’époque très marquée, sont montées avec précision. Le film réintroduit les accessoires iconiques du premier Django, le cercueil, la mitrailleuse, sans jamais verser dans la parodie. 

Côté acteurs, Terence Hill est la grande surprise : loin du Trinita bonhomme, il joue un homme tourmenté, laconique, au regard de glace, et on sent déjà l’aisance et le charisme qui feront sa carrière. Horst Frank, en sénateur cynique et perfide, est tout simplement excellent.

La musique de Gianfranco Reverberi joue ici un rôle de premier plan. Son thème principal, mélancolique et entêtant, donne au film son âme tragique et accompagne la vengeance de Django comme une marche funèbre. Preuve de sa force, cette mélodie a été échantillonnée des décennies plus tard pour servir de socle à « Crazy » de Gnarls Barkley, le tube planétaire de 2006, ce qui offre au film une seconde vie musicale tout à fait inattendue.

Sur la restauration, Sidonis propose le film en ratio 1.66, dans les deux langues, avec sous-titres français, au format combo DVD/Blu-ray. Côté suppléments, on trouve une présentation par Jean-François Giré, qui replace le film dans son contexte avec la connaissance du genre qu’on lui connaît, un entretien avec l’auteur et spécialiste du western spaghetti Kevin Grant, intitulé Django explained, et la bande-annonce d’époque. Le tout est sobre, mais bien pensé pour qui veut comprendre la place de ce film dans la saga.

Alors, pourquoi Django, prépare ton cercueil compte-t-il dans l’histoire du cinéma ? D’abord parce qu’il est une pièce majeure de la longue lignée des faux et vrais sequels qui ont fait la gloire du Django de Corbucci, et parce qu’il est considéré par les spécialistes comme l’un des rares qui en respecte vraiment l’esprit. Ensuite parce qu’il marque un tournant dans la carrière de Terence Hill, qui passera deux ans plus tard à la comédie avec Trinita et deviendra l’un des visages les plus populaires du western européen. Enfin parce qu’il rappelle que le western italien n’était pas qu’une affaire de grands maîtres : c’était aussi un cinéma d’artisans inspirés, capables de fabriquer des mythes avec un cercueil, un manteau et une bonne histoire de vengeance. Un film à (re)découvrir, plus de cinquante ans après.

https://sidoniscalysta.com/western-de-legende/1995-django-prepare-ton-cercueil-combo-dvd-blu-ray.html

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