Et si, pour comprendre le changement climatique, il suffisait de tendre l’oreille ? Lauriane Miara embarque le lecteur sur un voilier de recherche, entre glaciers qui parlent et voix inuites, pour un album aussi savant que sensible, drôle par moments, et qui laisse souvent rêveur.
En 2023, Lauriane Miara monte à bord du voilier de recherche suisse Forel, le long de la côte ouest du Groenland, avec pour mission de créer des bandes dessinées de vulgarisation scientifique pour un public scolaire. L’expédition dure deux mois et demi. Elle en rapporte un récit au long cours, où l’on partage le quotidien de l’équipage, les prélèvements de faune marine, les escales et les rencontres avec les habitants.
L’album s’ouvre sur une image qui donne le ton : l’autrice se dessine en illustratrice dérivant seule sur une plaque de glace flottante, croisant d’autres banquises où se tiennent, eux aussi solitaires, des ours polaires, jusqu’à l’arrivée du navire. Le livre joue ainsi dès l’entrée sur le registre sensible. À partir de là, la narration avance au rythme de la navigation. On y croise la biologie marine, la glaciologie, l’histoire de l’île et de ses peuples. Elle aborde aussi les convoitises que le Groenland a toujours suscitées, la chasse à la baleine et la culture inuite, menacée d’effacement.
Pour Lauriane Miara, les « échos arctiques » sont les messages émis par les milieux et les sociétés arctiques, auxquels nous devrions tendre l’oreille. Le livre devient ainsi un espace où résonnent plusieurs voix. Celle des glaciers, dont le recul raconte le dérèglement climatique avec une éloquence silencieuse ; celle des Inuits, qui rappellent que le vivant n’a pas tant besoin d’être protégé que respecté ; celle des Groenlandais, dont les aspirations à l’indépendance affleurent au fil des rencontres. Le Groenland n’y est jamais réduit à la fonte des glaces. Il apparaît comme un territoire habité, convoité, parlant, et le propos reste sans pesanteur ni manichéisme. Là où tant de BD documentaires se contentent d’aligner des faits, l’autrice insuffle de la vie et de la légèreté, sans sacrifier la pédagogie ni la réflexion.
Le livre arrive aussi à un moment où le Groenland est redevenu un sujet d’actualité, dans sa dimension géopolitique avec les prétentions de Trump qui sont évoquées de façon assez ironique.
Rappelons que Lauriane Miara qui nous donne à voir ici son premier album s’est lancée dans l’illustration après des études en sciences de l’environnement, et paléoclimatologie. Elle est graphiste et illustratrice depuis 2017 et mêle aquarelle, encre, graphite et crayons de couleur. Autodidacte du dessin, elle dessine, selon autant les paysages que les liens qui unissent les êtres vivants à leur environnement. Le voyage nourrit son travail : elle a effectué une résidence artistique en Islande et navigué sur le voilier ATKA avant le Groenland
Son premier album, À contre-marée (Panthera, 2023), est un reportage réalisé avec la journaliste Manon Selli sur une femme marin-pêcheur en Bretagne, Scarlette Le Corre. Elle publie ensuite L’Île suspendue, puis ce Groenland, son premier roman graphique en solo. l
Pour accueillir ce projet, il fallait un éditeur sensible à ces thèmes. Les Étages, installés dans le massif des Écrins, sont spécialistes des livres autour de la montagne et de la nature et ont publié entre autres des récits de Jean-Marc Rochette. Avec cet ouvrage la collection ajoute un opus allant pédagogie ethnologie et contemplation.
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