Tout sur le sexe avec Woody Allen ?

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Le rire cathodique de Woody Allen ressort des tiroirs : BQHL Éditions vient de restaurer en haute définition « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander », petite bombe comique de 1972 longtemps reléguée aux DVD ternes du début des années 2000. L’occasion de rouvrir ce carnet de sketches aussi datés que savoureux, et de vérifier ce que cette nouvelle édition a vraiment dans le ventre.

Né en 1935 à Brooklyn, Woody Allen a d’abord été gagman pour la télévision et humoriste de stand-up avant de passer à la réalisation à la fin des années 1960. Après « Prends l’oseille et tire-toi » et « Bananas », il enchaîne les comédies avec une productivité rare, un film quasiment chaque année, mêlant burlesque hérité de Chaplin et Keaton, névroses new-yorkaises et digressions philosophiques. « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe » s’inscrit dans cette période dite « de jeunesse », juste avant le virage plus intimiste amorcé avec « Annie Hall » quelques années plus tard.

Le projet naît d’un vrai succès de librairie, l’ouvrage de vulgarisation sexologique du docteur David Reuben paru en 1969. Les droits avaient d’abord été achetés par Elliott Gould et le producteur Jack Brodsky, avant qu’Allen ne s’en empare et ne vide le livre de tout son contenu médical pour n’en garder que les intitulés de chapitres, transformés en autant de sketches indépendants. Le tournage rassemble une distribution impressionnante pour une poignée de minutes chacun : John Carradine, Gene Wilder, Burt Reynolds, Tony Randall, Anthony Quayle, Lynn Redgrave. Le segment le plus commenté à l’époque, celui où le docteur incarné par Gene Wilder tombe amoureux d’une brebis, est aussi celui qui a le plus fait jaser sur l’audace du film pour une comédie grand public de 1972.

Le film enchaîne sept vignettes sans lien narratif, introduites chacune par une question empruntée au livre de Reuben : un bouffon médiéval empêtré dans la ceinture de chasteté de sa reine, un médecin épris d’une brebis nommée Daisy, une Italienne que son mari ne parvient pas à satisfaire malgré une carte des zones érogènes, un jeu télévisé parodique consacré aux perversions, un savant fou dont le laboratoire libère un sein géant menaçant, et un final spectaculaire dans le corps humain, où des techniciens s’activent aux commandes de l’éjaculation.

La mise en scène assume pleinement le principe du pastiche : western, film de science-fiction fifties, cinéma d’auteur italien à la Antonioni, jeu télévisé américain, chaque sketch imite un genre différent avec une gourmandise évidente pour le détail visuel. Le résultat est forcément inégal, certains segments tenant sur une seule bonne idée étirée, d’autres, comme celui du sein géant façon film de monstre en carton-pâte, gardant un abattage comique redoutable. Côté interprétation, Gene Wilder tire son épingle du jeu avec une gravité amoureuse totalement sincère qui rend son sketch presque touchant au milieu de la farce, tandis que Burt Reynolds et Tony Randall s’amusent visiblement dans leur rôle de techniciens aux commandes d’un corps humain, décor le plus ambitieux du film avec ses cadrans et ses consoles dignes d’un film de science-fiction de série B.

La musique, composée par le guitariste de jazz Mundell Lowe, occupe une place plutôt discrète : c’est l’un des rares films d’Allen à bénéficier d’une partition originale plutôt que d’un habillage de standards ou de musique classique piochés dans le répertoire. Elle accompagne surtout le segment parodique du savant fou avec des effets grandiloquents empruntés aux films de monstres des années 1950, mais reste globalement fonctionnelle, au service du gag plutôt que structurante comme le seront plus tard les bandes-son de « Manhattan » ou « Annie Hall ».

Sur le plan technique, cette édition BQHL succède à des DVD anciens jugés sans éclat, et l’apport est net : la nouvelle copie affiche une image nette et lumineuse au format 1.85, avec un léger grain encore visible par endroits et quelques poussières résiduelles, sans que cela nuise à la lisibilité de l’ensemble. Les pistes audio anglaise et française sont proposées en DTS-HD Master Audio, avec sous-titres français. Côté suppléments, l’éditeur reste mesuré, privilégiant avant tout le soin apporté à l’image et au son plutôt qu’un appareil critique fourni, une politique éditoriale assez cohérente avec ce que propose BQHL sur ce type de titre de catalogue.

Reste la question de fond : pourquoi ressortir aujourd’hui ce film mineur et bancal ? Parce qu’il documente un moment charnière, celui où Woody Allen, encore façonné par le burlesque pur de « Bananas », commence déjà à glisser vers une comédie plus construite, plus attentive au détail visuel et au pastiche de genre, annonçant les audaces formelles de sa décennie suivante. Grand succès public à sa sortie, porté par la libération des mœurs du début des années 1970 et l’assouplissement de la censure hollywoodienne, il reste un témoin savoureux, drôle et daté à la fois, d’un cinéma américain qui apprenait à rire franchement du sexe. Ce n’est pas le meilleur Allen, loin de là, mais c’est une pièce utile pour comprendre comment il est devenu le cinéaste qu’on connaît ensuite.

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