La Tarentule au ventre noir : un giallo iconique à redécouvri

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Carlotta ressort un film un peu oublié de Paolo Cavara qui est passé du mondo au thriller italien: né en Italie il débute sa carrière dans le cinéma documentaire, co-réalisant avec Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi le fameux Mondo Cane (1962), film choc qui popularise le genre « mondo » — une forme de documentaire sensationnaliste montrant scènes exotiques et tabous sociaux. Après plusieurs expériences variées à la réalisation, Cavara s’oriente vers le cinéma de genre et signe en 1971 La Tarentule au ventre noir (La tarantola dal ventre nero), un thriller gothique et horrifique typique du mouvement giallo italien, hommage et variation intelligente sur les codes posés par Dario Argento après L’Oiseau au plumage de cristal (1970).

Si le film s’inscrit clairement dans la veine giallo, Cavara y injecte sa propre patte en jouant sur les contrastes entre raffinement esthétique et violence brute. Le titre même, évoquant une tarentule, s’inspire de la « trilogie animalière » — une série de gialli où l’animalité devient métaphore de l’inconscient meurtrier.

Côté casting, Cavara réunit plusieurs figures marquantes du cinéma populaire européen de l’époque : une distribution de charme réunissant Giancarlo Giannini (compositeur d’un commissaire tenace), et plusieurs actrices ayant connu une visibilité internationale — Claudine AugerBarbara Bach et Barbara Bouchet, toutes associées à la franchise James Bond ou aux genres populaires anglo-saxons. Cet ensemble donne au film une signature visuelle et charismatique forte, malgré un budget modeste.

Dans une Rome à la fois élégante et sinistre, une série de meurtres brutaux frappe des femmes apparemment sans lien entre elles. Le modus operandi est glaçant : chacune est paralysée par une aiguille empoisonnée dans la nuque avant d’être éventrée selon un rituel macabre. L’inspecteur Tellini se trouve entraîné dans une enquête labyrinthique, mêlant jalousies, maîtres-chanteurs et secrets enfouis, qui l’amène à découvrir des vérités aussi horribles que fascinantes.Sur la mise en scène, Cavara joue subtilement avec les codes du genre : compositions de plan soigneuses, juxtaposition de scènes sensuelles et d’atrocités stylisées, dimension presque clinique de certains meurtres. Ce mélange réussi d’esthétique pop et d’horreur brutale offre un spectacle aussi troublant qu’envoûtant, même si certaines séquences peuvent sembler datées ou prévisibles aux yeux du spectateur contemporain.

Du côté des performances, Giannini se déploie avec une présence tendue et sérieuse, portant l’investigation avec conviction. Les actrices, quant à elles, incarnent des figures à la fois séduisantes et tragiquement vulnérables — un trope du giallo assumé ici avec une élégance parfois dérangeante.

On ne saurait parler de La Tarentule au ventre noir sans évoquer Ennio Morricone, dont la musique enveloppe le film d’une aura à la fois douce et morbide. Les thèmes musicaux ne se contentent pas d’accompagner les images : ils creusent l’angoisse, soulignent l’érotisme latent et l’obsession du meurtre, participant pleinement à la construction d’une atmosphère unique. L’apport de Morricone se révèle ici essentiel, transformant de simples scènes de suspense en moments sensoriels intenses.

Pour la première fois en 4K Ultra HD et Blu-ray, cette édition signée Carlotta Films propose une nouvelle restauration 4K présentée en Dolby Vision compatible HDR10, avec pistes audio DTS-HD Master Audio 1.0 en version originale italienne et version française.

Côté suppléments, l’édition comprend des bonus permettent d’approfondir la compréhension du film, de son contexte de création et de son positionnement dans le cinéma de genre italien des années 1970.

Si La Tarentule au ventre noir n’a peut-être pas la notoriété des œuvres d’Argento ou de Fulci, il demeure un exemple achevé et subtilement construit du giallo, alliant enquête policière, esthétique baroque et violence stylisée. Son importance tient à sa capacité à concilier l’héritage documentaire de Cavara avec les codes du cinéma de genre italien. La ressortie en 4K UHD offre aujourd’hui l’occasion de (re)découvrir une pièce essentielle de l’histoire du thriller transalpin, désormais restaurée avec soin et enrichie de compléments précieux pour les cinéphile

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