« Monte Walsh », réalisé par William A. Fraker en 1970, se présente comme l’un des westerns crépusculaires les plus mélancoliques et les moins reconnus de son époque. Adapté du roman de Jack Schaefer, le film s’inscrit dans cette vague de westerns révisionnistes qui, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, ont entrepris de déconstruire les mythes fondateurs du genre.
Là où la plupart des westerns de l’époque choisissaient la violence cathartique (Peckinpah) ou la satire cynique (Altman), Fraker opte pour une approche contemplative et nostalgique : Monte Walsh (Lee Marvin) n’est pas un héros en quête de rédemption, mais un homme ordinaire confronté à l’obsolescence de son mode de vie. Le film observe avec une douceur presque documentaire la disparition d’un monde.Le réalisateur traite la fin de la Frontière non pas comme une tragédie épique, mais comme un lent déclin économique. Les cow-boys ne sont pas abattus dans des duels glorieux ; ils sont licenciés, remplacés par des barbelés et des entreprises d’élevage rationalisées. Cette dimension matérialiste, presque marxiste, de la disparition de l’Ouest est remarquablement moderne.Le personnage de Chet Rollins (Jack Palance), qui accepte un emploi de commerçant et abandonne la vie de cow-boy, incarne cette adaptation pragmatique face au changement. Monte, lui, refuse obstinément de s’adapter, ce qui fait de lui à la fois un personnage touchant et légèrement pathétique.
Lee Marvin livre ici l’une de ses performances les plus nuancées. Son Monte Walsh est bourru, loyal, parfois immature, mais profondément humain. Marvin évite le piège de la sentimentalité excessive tout en rendant palpable la désorientation de son personnage face à un monde qui ne veut plus de lui. On appréciera le choix éditorial de mettre un documentaire biographique tourné par John Boorman qui dirigea l’acteur dans « le point de non retour ».
« Monte Walsh » n’a jamais bénéficié de la reconnaissance critique accordée à d’autres westerns crépusculaires comme « The Wild Bunch » ou « Butch Cassidy and the Sundance Kid ». Pourtant, sa vision moins spectaculaire mais plus intime de la fin de l’Ouest mérite considération. Le film préfigure des œuvres ultérieures comme « The Shootist » (1976) ou « Unforgiven » (1992) dans sa déconstruction patiente du mythe du cow-boy.
« Monte Walsh » est un western d’une tristesse tranquille, qui choisit l’observation sobre plutôt que la mythification. Ses défauts – rythme parfois laborieux, conventions narratives prévisibles – ne peuvent totalement éclipser sa sincérité émotionnelle et son intelligence thématique. C’est un film qui comprend que la fin d’une époque n’est pas toujours dramatique ; elle est parfois simplement… économique. Dans cette banalité du déclin réside toute la force mélancolique de cette œuvre injustement négligée.
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