Voilà une belle occasion de revoir un film peu prisé par la critique de Wenders ; sorti en 1997 il est pourtant toujours d’une brulante actualité tout en se situant dans le courant parano mystique du 7éme art , on pense au Mabuse de Fritz Lang et on trouve au film un curieux écho du « Lost Higway » de David Lynch.
The End of Violence est un retour de Wenders aux États-Unis, après des œuvres majeures (et plus “européennes”comme Million Dollar Hotel sur un scénario du chanteur de U2 Bono finalement reporté en 2020). Il fait d’un thriller une méditation sur la violence (médiatique, urbaine, systémique), sur l’image, sur le pouvoir des écrans et de la surveillance : le spectateur se retrouve face à un monde de voyeurs ou les caméras de surveillance ont remplacé les anges …
Deux hommes ont pour mission de tuer le producteur Mike Max qui a bâti sa carrière sur l’exploitation de la violence. Ils réussissent à l’enlever mais, le lendemain, leurs corps sont retrouvés sans vie. Tous les soupçons se portent sur Mike, qui a disparu. Chargé de l’affaire, l’inspecteur Doc en vient vite à se demander si le producteur n’est pas plutôt la victime d’un complot qui lui échappe. En parallèle, Ray Bering, un ancien de la NASA, mène l’enquête sur un écran de surveillance du laboratoire top secret qu’il a installé au sein de l’observatoire de Griffith Park…
Mention spéciale à la BO de Ry Cooder ( déjà auteur de celle de « Paris Texas ») qui donne au film un ton mélancolique qui touche au métaphysique dans les scènes qui évoquent les tableaux de Hooper dans un LA fantomatique
Le fait d’inclure un entretien assez long avec Wenders, ainsi qu’un focus sur son rapport à l’Amérique,par le journaliste Luc Lagier , donne un discours réflexif sur ce film mal aimé à l’époque de sa sélection à Cannes : on apprend que le cinéaste fut victime d’un braquage lors de la présentation du film à Cannes et que par la suite il le réévalura dans sa filmographie .
Curieux film que voila , sans complaisance pour la violence mais avec au fond un réflexion salutaire sur notre rapport aux images qui à force d’être trop regardées finissent par nous rendre aveugle sur la nature du monde.