En 1958 et 1959, le réalisateur Bernard Borderie adapte le Gorille pour le cinéma, personnage haut en couleur échappé de la célèbre série romanesque d’Antoine Dominique. Incarné par Lino Ventura (Le Gorille vous salue bien, 1958), puis par Roger Hanin (La Valse du Gorille, 1959), cet as des services secrets a connu un beau succès auprès des spectateurs des salles obscures. Films d’espionnage qui ne se prennent pas au sérieux, mais pas sans violence Le Gorille vous salue bien et La Valse du Gorille viennent d’être restaurés par Pathé, en collaboration avec Studio TF1 Cinéma. L’occasion de (re)découvrir ces deux films cultes dans de très belles éditions restaurées Coffret DVD et Coffret Blu-ray.
Le Gorille vous salue bien (1958)
En 1958, Bernard Borderie renouvelle le genre de la « série noire » en adaptant Le Gorille vous salue bien. Adepte des films d’espionnage (Les loups chassent la nuit, 1952 ou La Môme vert-de-gris, 1953), le réalisateur s’intéresse cette fois à l’œuvre d’Antoine Dominique qui connait un grand succès littéraire avec son personnage de Géo Paquet, dit Le Gorille, dont il relate les exploits depuis quatre ans.
En noir et blanc, rythmé, avec un style vif, alerte et brutal, Borderie relance totalement le genre qui commençait à s’essouffler à la fin des années 60. Ici, l’action démarre au quart de tour et nous emporte pendant 1h40 sans temps mort. Avec Le Gorille vous salue bien Borderie a su trouver un ton proche de la parodie ou du pastiche. Entre deux parties de bastons succulentes et une intrigue bien ficelée, le cinéaste réussit à faire passer son film du côté de la comédie sans toute fois écarter un certain cynisme et un sens de l’action violente.
C’est Lino Ventura qui incarne Géo Paquet, le meilleur agent secret de sa profession, dans ce premier volet des aventures du Gorille. Peu loquace mais détenant une incroyable éloquence du geste, il est prêt à jouer du coup de poing dès la première occasion. Il s’agit là d’un premier grand rôle pour Lino Ventura.
À ses côtés, une distribution particulièrement brillante, en particulier Charles Vanel qui est extraordinaire dans le rôle du supérieur du Gorille. Il est accompagné de Robert Manuel, en gangster sensible et malade, Pierre Dux en diplomate véreux et René Lefèvre dans le rôle d’un inspecteur. À noter aussi les brillantes interprétations de Jean-Roger Caussimon, Henri Crémieux, Robert Berri, Bella Darvi, Marie Sabouret et la présence de Jean-Pierre Mocky dans le rôle d’un homme de main particulièrement sadique.
La Valse du Gorille (1959)
Cette fois, c’est Roger Hanin qui est devenu le Gorille et qui rentre parfaitement dans la peau du personnage laissé par Lino Ventura. Gorille élégant, respectable, à l’œil charmeur ou terrible, Roger Hanin donne à Géo Paquet plus de tendresse et de sensibilité même si sa férocité, son invulnérabilité et son agressivité sont restés intacts.
Aux commandes, on retrouve toujours le cinéaste Bernard Borderie qui réalise ce deuxième volet avec autant de maîtrise et de virtuosité que le premier, ménageant le suspense avec adresse et insufflant à La Valse du Gorille un rythme implacable. Ici, on y croise plus de gangsters, plus de trafiquants et de contre-espionnage. On nous embarque dans des coups de théâtre ingénieux et surprenants qui différencient le film du premier.
Si certains acteurs sont toujours là comme Charles Vanel dans une magnifique interprétation, on croise aussi l’hilarante Suzanne Dehelly, la piquante Micheline Gary et la touchante Ursula Herwig. Face au Gorille, on rencontre cette fois un adversaire de taille et de poids, Michel Thomass, 1,83m et 120kg. Citons aussi un casting hétéroclite avec des acteurs qui campent vigoureusement leurs personnages comme Yves Barsacq, Jess Hahn, Wolfgang Preiss, René Havard, Claude Vergnier et Lutz Gabor.
« Rien n’est plus difficile que de refaire un succès… Je me faisais cette réflexion il y a déjà six ans quand, après La Môme Vert-de-Gris, j’eus envie de tourner de nouveau avec Eddie Constantine. Eddie et Peter Cheyney étaient des personnalités qui convenaient bien à mon tempérament. Mais pour le second film, Les femmes s’en balancent, il fallait se renouveler, faire une autre histoire que La Môme Vert-de-Gris. Le climat fut différent, mais la manière resta mienne. La Valse du Gorille, par la force des choses, s’est présenté de soi-même comme un film différent du précédent. Le ton seul, encore une fois, subsiste. » Bernard Borderie.
On salue la présence d’un bonus assez complet sur la genèse des deux films : Espions, gorilles et barbouzes : entretiens autour des films avec Jean Ollé-Laprune et Matthieu Letourneux (39 min) : il y est fait mention du contexte politique hexagonal et de la carrière des acteurs .
on apprécie de revoir ce dyptique dans un superbe noir et blanc restauré
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