Nous voici devant le 3éme opus d’une collaboration entre l’illustrateur Virgile Dubreuil avec Sylvain Tesson l’écrivain voyageur : aprés « Dans les forêt de Sibérie » et « Bérezina » voila une troisième adaptation d’un récit de voyage sur les traces d’un évadé du goulag depuis Iakoutsk jusqu’au Golfe du Bengale, 5 000 kilomètres plus au sud. Dans des conditions extrêmes, aux prises avec le froid, la faim et la soif, l’écrivain voyageur multiplie les rencontres en suivant la route du récit À marche forcée, de Slavomir Rawicz dont l’aura reste mystérieuse.
En effet ce dernier a-t-il vraiment pu s’évader au début des années 1940 ? Ou bien a-t-il emprunté son histoire à un autre ?
Pendant huit mois, Sylvain Tesson a refait le long voyage de la Sibérie au golfe du Bengale qu’effectuaient naguère les évadés du goulag. Pour rendre hommage à ceux dont la soif de liberté a triomphé des obstacles les plus grands, seul, il a franchi les taïgas, la steppe mongole, le désert de Gobi, les Hauts Plateaux tibétains, la chaîne himalayenne, la forêt humide jusqu’à la montagne de Darjeeling.
À pied, à cheval, à vélo, sur six mille kilomètres, il a connu ce qu’il a cherché de plein gré: le froid, la-faim, la solitude extrême. La splendeur de la haute Asie l’a récompensé, comme les mots d’une très ancienne déportée heureuse de se confier à lui: « On a le droit de se souvenir. «
Le dessinateur Virgile Dureuil vient de la publicité : il s’est très vite passionné par l’univers poétique de Sylvain Tesson,et a signé avec Dans les forêts de Sibérie son premier livre de bande dessinée avec un succès mérité .
Il continue ici dans la même veine avec un place centrale donnée aux paysages souvent au coeur de la planche voir en pleine page. Il a su donner au texte sa juste place en oubliant les classiques bulles pour des rectangles qui laissent « respirer » les images . L’ouvrage est séquencé en 10 chapitres avec une carte introductive : on suit avec empathie le voyage physique et mental de l’écrivain.
Ce voyage dans l’espace désertique et montagneux est aussi un voyage dans le temps en miroir de celui du récit « à marche forcé » publié en1950:en 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s’évader d’un camp de travail sibérien.
Ensemble, ils vont parcourir plus de 10 000 kilomètres, à travers la toundra sibérienne glacée, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l’Himalaya pour franchir la Grande Muraille de Chine.
Certains s’arrêteront en chemin, d’autres ne survivront pas aux épreuves. L’Inde – alors sous contrôle anglais – est leur but ultime.
L’ouvrage se termine par un texte de l’écrivain datant de 2011 et faisant le point sur le dossier controversé des « évadés du goulag ».On pourra prolonger le plaisir de la découvert de cette histoire en visionnant le film que Peter Weir lui a consacré en 2011 sous le titre « les chemins de la liberté ».
Au final une belle balade entre mythe et réalité, ce récit de voyage est une vrai épreuve de force qui a marqué l’écrivain et lui a paradoxalement donné envie de rentrer chez lui : l’ouvrage aurait mérité un plus grand format pour donner une autre dimension à ce voyage initiatique inspirant ….
https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/laxe-du-loup/9782203250956