/Sidonis Calysta ressort en combo Blu-ray/DVD l’un des films les plus controversés du cinéaste français — un chef-d’œuvre inconfortable que le temps n’a pas effacé.
/ Flash back : en 1978, Louis Malle signe son premier film américain en adaptant le livre de l’historien Al Rose sur Storyville, le quartier de prostitution légal de La Nouvelle-Orléans du début du XXe siècle, inspiré par les photographies troublantes du photographe réel Ernest Bellocq. La scénariste Polly Platt, également productrice, façonne avec lui un script ancré dans la réalité historique.
Le casting fut lui-même sujet à tumulte. Initialement, Malle envisageait Jane Fonda et Jodie Foster, mais la première était indisponible et la seconde refusa le rôle, craignant d’être cantonnée aux rôles de nymphette après Taxi Driver. Polly Platt avait même songé à Jack Nicholson pour le rôle de Bellocq — idée rejetée par Malle — avant que Keith Carradine, déconcerté par l’absence de ressemblance physique avec le vrai Bellocq, n’accepte le rôle.
Le tournage dura quatre mois sur place à La Nouvelle-Orléans en 1977, sous très haute surveillance des règles de protection des mineurs : tests psychologiques, enseignants présents, coopération parentale stricte. Brooke Shields avait 12 ans à l’époque. La mère de l’actrice, décrite par Polly Platt comme particulièrement difficile sur le plateau, fut même arrêtée pour conduite en état d’ivresse durant le tournage. Malle, lui, insistait sur des répétitions permanentes qui épuisèrent l’équipe.
/À sa sortie, le film fut amputé de trois minutes dans certains pays, interdit dans les provinces canadiennes de l’Ontario et du Saskatchewan, et censuré au Royaume-Uni. La journaliste Rona Barrett le qualifia de « pornographie enfantine ». Susan Sarandon raconte que Brooke Shields, déjà très mature, avait grandi dans une réalité pas si éloignée de celle de son personnage — elle avait observé des prostituées à Times Square depuis l’enfance.
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En 1917, dans les derniers mois de la prostitution légale à Storyville, Violet (Brooke Shields), 12 ans, grandit au sein d’une maison close cossue tenue par Madame Nell (Frances Faye), où sa mère Hattie (Susan Sarandon) exerce le métier. Elle y assiste à l’accouchement de sa mère, voit les filles travailler, évolue dans cet univers avec une candeur déroutante.
L’arrivée de Bellocq (Keith Carradine), photographe discret venu immortaliser les pensionnaires, va bouleverser son monde. Violet, jalouse de l’attention qu’il porte aux autres femmes, cherche à lui plaire. Quand sa mère accepte la proposition d’un client et l’abandonne au bordel pour refaire sa vie, Violet, punie pour une relation avec un jeune Noir, s’enfuit chez Bellocq. Une relation étrange, ambiguë, se noue alors entre l’enfant-femme et le photographe solitaire.
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Ce qui frappe avant tout dans La Petite, c’est le refus absolu de tout jugement moral. Malle filme Storyville comme il filmerait un documentaire — avec la distance froide d’un entomologiste fasciné par un monde en voie de disparition. La caméra de Sven Nykvist, directeur de la photographie habituel d’Ingmar Bergman, enveloppe chaque plan d’une lumière ambrée, presque picturale, qui transforme le bordel en tableau vivant des débuts du XXe siècle.
Cette photographie est sans doute le premier miracle du film. Nykvist crée une atmosphère visuelle qui oscille en permanence entre la beauté formelle et le malaise éthique — exactement le trouble que Malle recherche. Les décors de Trevor Williams restituent un Storyville d’une précision archéologique, et la mise en scène joue délibérément sur l’ambiguïté entre innocence et précocité forcée.
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Ce qui frappe avant tout dans La Petite, c’est le refus absolu de tout jugement moral. Malle filme Storyville comme il filmerait un documentaire — avec la distance froide d’un entomologiste fasciné par un monde en voie de disparition. La caméra de Sven Nykvist, directeur de la photographie habituel d’Ingmar Bergman, enveloppe chaque plan d’une lumière ambrée, presque picturale, qui transforme le bordel en tableau vivant des débuts du XXe siècle.
Cette photographie est sans doute le premier miracle du film. Nykvist crée une atmosphère visuelle qui oscille en permanence entre la beauté formelle et le malaise éthique — exactement le trouble que Malle recherche. Les décors de Trevor Williams restituent un Storyville d’une précision archéologique, et la mise en scène joue délibérément sur l’ambiguïté entre innocence et précocité forcée.
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L’édition Sidonis Calysta propose un combo Blu-ray (109 min) et DVD (105 min) avec une piste DTS-HD MA 2.0 monophonique en versions originale et française. La restauration s’avère convaincante : le grain argentique est respecté, la palette de couleurs chaudes et sépia de Nykvist retrouve sa cohérence, et les noirs sont profonds sans écraser les détails.
Le seul bonus proposé est une présentation par Aurore Renaud, journaliste et critique de cinéma, d’une durée de près de 48 minutes (2025). Un supplément substantiel qui replace le film dans son contexte historique et filmographique, et apporte un éclairage précieux sur les polémiques qui ont entouré sa production et sa distribution. On aurait aimé davantage — un entretien avec Brooke Shields, comme l’édition australienne Imprint Films en proposait un, ou un essai sur le vrai Bellocq — mais l’éditeur offre l’essentiel pour accompagner cette redécouverte.
/ un film osé et sensible à redécouvrir sans jugement moral car finalement sans complaisance pour le microcosme filmé..
https://sidoniscalysta.com/drame/1953-la-petite-combo-dvd-blu-ray.html