Un roman graphique singulier — Philippe Pelaez (sc.) / Guénaël Grabowski (dess.) — Dargaud, 88 p., 19,50 €
Daniel Nikto a consacré dix ans de sa vie à une mission d’exploration des sous-sols d’Europe, quatrième lune de Jupiter. Un diagnostic implacable — tumeur cérébrale — l’en écarte à la dernière minute. Pourtant, au 182e jour de Mission Europa, c’est bien lui que l’on retrouve à bord du vaisseau. Seul. Sans équipage, sans explication, avec pour uniques compagnons l’ordinateur de bord Ke-E et un individu aussi énigmatique qu’inquiétant, un certain « Monsieur Zilch », qui prétend que c’est Daniel lui-même qui l’a accueilli à bord. Paru en mars 2026 chez Dargaud, cet album signé du tandem déjà rodé sur Neuf plonge le lecteur dans un huis clos spatial à la tension croissante, où la réalité se dérobe à mesure que Daniel ramasse les fragments d’un projecteur holographique — jeu de piste absurde entre la Terre et Jupiter, dans un vaisseau désert qui sent le brûlé et tourne en boucle une vieille chanson.
Ce qui distingue Personne, c’est son refus de choisir entre genre et intimité. Pelaez greffe sur le thriller psychologique une vraie douleur humaine — un père séparé de sa fille, une vie personnelle en ruines —, faisant de la paranoïa spatiale le miroir d’une identité fracturée. Le titre même est un jeu : personne à bord, et peut-être personne là-dedans. Grabowski, lui, impose un découpage qui respire l’angoisse : l’étroitesse métallique du vaisseau répond aux grands espaces américains en flash-back, créant un contraste visuel saisissant entre enfermement et liberté perdue. Un album qui tient autant du Kubrick que du Philip K. Dick.
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