Un peu de Lumière dans le noir ….

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Une édition particulière et particulièrement réussie vu le contexte particulier de la gestion de l’épidémie . Bravo à toute l’équipe du Festival d’avoir tenu bon face à des décisions préfectorales parfois absurdes : pour exemple flagrant l’ interdiction d’utiliser les chapiteaux montés pour le marché du film et le village , avec pour conséquence le rapatriement vers des lieux plus petits ( et mieux aérés ? ) , la villa Lumière a du abriter une partie des stands du marché et des rayons DVD ..

Une ouverture limitée à 1000 élus mais pas de clôture dans un contexte de couvre feu qui a touché le Festival dès le vendredi mais deux belles surprises plus intimistes avec la documentaire d’ Abel Ferrera ( hanté par la crise sanitaire) et le très beau court métrage d’Almodovar sur la crise d’un couple inspiré du divin Cocteau

L’ hommage aux Frères Dardenne semble une évidence tant leur cinéma questionne avec empathie et mystique la question sociale : un cinéma Humain pour un monde qui se déshumanise entre communautarisme et régulation sociale par les algorithmes… des films utiles et beaux ….

Ambiance humour noir avec l’hommage au cinéaste dialoguiste Michel Audiard en présence de ses fils et petit fils : toujours un plaisir de revoir ces films aux dialogues ciselés pour les plus grands acteurs de notre cinéma ( Gabin , Ventura , Blier , Belmondo et j’en passe ).

Un digne hériter était présent pour présenter ses premier ( Bernie) et dernier film (Adieu les cons) Albert Dupontel cinéphile poète toujours un peu trash mais si juste avec un œuvre iconoclaste qui capte l’esprit du temps pour mieux le conchier dans des apothéoses un peu trop nihilistes à notre goût ( c’est un bon lecteur de Nietzsche) mais tellement jubilatoires.

Curieusement c’est Pixar ( dont le nom est celui d’une marque d’ordinateur ) qui apporta un peu de transcendance dans la noirceur ambiante avec le superbe SOUL que l’on ne pourra pas voir sur grand écran : honte à Disney et sa logique marchande , sa volonté de contrôle..

A l’entrée de la salle un gentil colosse nous demandait d’ éteindre nos portables , il est ensuite venu pour me sortir de la salle car j’ avais filmé la présentation du film , comme je faisait mention de la liberté d’informer et de poster de courts extraits des events l’attaché de presse de Disney à qui je faisais appel pour trancher me confirma quelle préfèrerai que rien ne sorte , dont acte …

Bravo aux créateurs , honte aux marchands et autres bureaucrates qui essayent d’entraver la diffusion culturelle : l’ art pour tous vaincra : seule la beauté et l’imagination sauvera le monde ….

Merci au Festival Lumière d’oeuvrer dans ce sens depuis 12 ans .

Petite

DOCUMENTAIRE Le Terminus des prétentieux de Sylvain Perret (1h04, VFSTA)
En présence de Sylvain Perret

À l’occasion du centenaire de Michel Audiard, Gaumont ouvre ses archives et révèle certaines pièces méconnues de la carrière de l’auteur. Le Terminus des prétentieux (un titre imaginé pour nombre de ses projets inaboutis) revient, à travers témoignages inédits, images rares et curiosités diverses, sur la vie et l’œuvre de l’un des dialoguistes les plus inventifs et les plus prolifiques du cinéma français du siècle dernier : on découvre un court métrage où il use de la métaphore alchimique pour critiquer le capitalisme : un bijou … ( le doc sera en bonus du nouveau coffret qui sort ce moi chez Gaumont Vidéo)

CENTENAIRE AUDIARD Le Désordre et la nuit de Gilles Grangier (1h33, VFSTA)
En présence de Jean Ollé-Laprune

Un petit bijou de film noir désenchanté

L’Œuf est la boîte à la mode des Champs-Élysées. Son propriétaire, Albert Simoni (Roger Hanin), vient d’être tué dans une allée du bois de Boulogne. L’enquête est confiée à l’inspecteur Vallois (Jean Gabin) de la Brigade mondaine. Première piste : Lucky (Nadja Tiller), la maîtresse de Simoni, une jeune Allemande, dont le charme séduit immédiatement Vallois. Mais qui est Lucky ? Comment vit-elle ? Qui paie sa luxueuse chambre de l’Hôtel George V ? Et quel lien l’unit à l’élégante pharmacienne Thérèse Marken (Danielle Darrieux) ?

Le Désordre et la nuit de Gilles Grangier est de la veine des films noirs simples et efficaces avec en plus un climax psychologique très ambigu .Au centre, Jean Gabin, dans un rôle de flic fatigué et vieillissant aux méthodes parfois douteuses, confronté à une jeune droguée, Nadja Tiller, mélange d’innocence et de perversité, et à Danielle Darrieux, bourgeoise pharmacienne aux activités plutôt louches..Avec une précision quasi documentaire, Gilles Grangier livre une juste peinture d’un milieu où les personnages, tous ambigus (quel que soit le côté de la loi où ils se trouvent), évoluent dans cette ambiance poisseuse des boîtes de nuit qui imprègne toutes les images.

CENTENAIRE AUDIARD Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1h56)
En présence de Stéphane Audiard 

Une super illustration de l’univers sombre de Simenon

Paris, place des Vosges. Quatre femmes y ont été tuées. Leur assassin ne laisse aucune trace jusqu’à son dernier crime, où il a abandonné un couteau de boucher. Ce tueur qui terrifie tout un quartier devient pour Maigret (Jean Gabin) une sorte d’ennemi personnel. Il se sent défié, humilié. Désemparé par cette affaire, il va imaginer un piège pour pousser le coupable à se démasquer.

Alors que le cinéma des années 50 est passionné par le roman noir, le producteur Jean-Paul Guibert a l’idée de faire incarner le célèbre commissaire Maigret, après Harry Baur, Albert Préjean et même Michel Simon, par Jean Gabin. Il réussit à faire signer à l’acteur un contrat de trois ans et six films, tous dialogués par Audiard. Par respect pour l’œuvre de Simenon, Audiard écrit des dialogues sobres, percutants qui soutiennent parfaitement l’intensité du récit.

Premier des trois films où Gabin incarne Maigret (suivront Maigret et l’affaire Saint-Fiacre en 1959 et Maigret voit rouge en 1963), cette variation sur le thème de Jack l’éventreur fonctionne à merveille. L’atmosphère du Paris nocturne et la subtilité de l’intrigue en font une des meilleures adaptations de Simenon et la colère homérique de Jean Gabin démasquant l’assassin reste une scène d’anthologie. Le personnage de Maigret est taillé sur mesure pour les larges épaules de l’acteur. Gabin fait de Maigret un personnage intimidant et grave, toujours fidèle à sa pipe. L’interprétation est aussi de premier ordre, avec Annie Girardot, actrice encore débutante, et Jean Desailly, souvent utilisé dans les adaptations de Simenon : il trouve ici un de ses meilleurs rôles tout en finesse …

CENTENAIRE AUDIARD 125 rue Montmartre de Gilles Grangier (1h25, VFSTA)

Un film noir au scénario percutant et surprenant mais mal desservi par son titre …

Pascal (Lino Ventura), vendeur de journaux à la criée, sauve un homme qui vient de se jeter dans la Seine. Il s’appelle Didier (Robert Hirsch) et lui parle de son histoire : sa femme Catherine (Andréa Parisy) veut le faire interner. Pascal se prend d’amitié pour Didier et veut aider cet homme un peu perdu. Un jour, Didier demande à Pascal de pénétrer chez lui afin d’y récupérer une importante somme d’argent…

125 rue Montmartre est l’adaptation du roman d’André Gillois, Prix du Quai des Orfèvres 1958, remis par Georges Simenon. Dans ce milieu inconnu du grand public que sont les imprimeries de presse et leurs vendeurs de journaux arpentant les trottoirs parisiens, un homme est respecté de tous : Pascal, travailleur solitaire, doté d’une force herculéenne. Loin de son image de bagarreur développée dans ses rôles de gangster, Lino Ventura est ici un dur au cœur tendre. Victime d’une machination et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, sa vengeance sera totale. Car Grangier raconte avant tout un drame de l’amitié trahie.

DOCUMENTAIRE Hollywood maudit – Les Rapaces de Claudia Collao (52min)
En présence de Claudia Collao

Dans l’histoire d’Hollywood, il y a des films mythiques, des navets, des chefs-d’œuvre… et des légendes noires. Les Rapaces, de Erich von Stroheim, fait partie de celles-là. Avec Hollywood maudit – Les Rapaces, Claudia Collao propose une analyse éclairée et rigoureuse de ce film qui, au-delà de la légende, a marqué un tournant dans l’Histoire du cinéma en redéfinissant la relation entre réalisateur et producteur. Dommage que le film lui même n’ ai pas été programmé , on peut le trouver en DVD dans une version non resaturée chez Bach film depuis 1973 , à quand un vrai travail éditorial sur ce film ?

AVANT-PREMIÈRE/ALBERT DUPONTEL Adieu les cons d’Albert Dupontel (1h25)
En présence d’Albert Dupontel

Une comédie sensible et désespérée sur l’air du temps.

Lorsque Suze Trappet (Virginie Efira) apprend, à 43 ans, qu’elle est gravement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a dû abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser J.B. (Albert Dupontel), quinquagénaire en plein burn out, et Monsieur Blin (Nicolas Marié), archiviste aveugle, d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Trois ans après Au revoir là-haut, adapté du roman de Pierre Lemaître et multi récompensé, Albert Dupontel revient avec Adieu les cons, une aventure dans les méandres de l’administration française. Le titre est prometteur, le casting tout autant. Pour incarner son trio burlesque, Albert Dupontel s’entoure de Nicolas Marié, fidèle depuis son court métrage Désiré en 1992, et d’une nouvelle venue dans la famille, Virginie Efira. Passeront également Philippe Uchan, Laurent Stocker, Jackie Berroyer et le cinéaste Terry Gilliam…

« Pour cette histoire, je suis parti sur l’idée d’opposer deux combles : quelqu’un qui veut vivre mais qui ne peut pas, à quelqu’un qui pourrait vivre mais qui ne veut pas. » (Albert Dupontel). Suze est une coiffeuse intoxiquée par les laques qu’elle utilise quotidiennement dans son métier. J.B. lui est un fonctionnaire dépressif qui, ratant son suicide sur son lieu de travail, se voit poursuivi par la police et ses patrons.

Avec son humour mordant et sur un rythme effréné, Albert Dupontel conte les déviances d’une époque ubuesque, le cynisme ambiant et l’absurdité des normes. Un univers kafkaïen dans lequel se débattent des accidentés de la vie que le cinéaste peint avec justesse et une réelle affection. Sous la comédie, pointe la critique acerbe : « Toutes mes idoles, ce sont des gens qui m’ont distrait, qui m’ont aidé quelque part à comprendre la réalité que je ne comprenais pas et que je ne comprends toujours pas. Je comprends mieux la réalité au cinéma que quand je la subis. » (Albert Dupontel)

ALBERT DUPONTEL Bernie d’Albert Dupontel (1h25)
En présence d’Albert Dupontel

Un film trash ( un peur trop parfois..) devenu culte : variation sur Candide dans un monde terrible où le sens de la famille a disparu …

Bernie (Albert Dupontel), orphelin fruste et névrosé, quitte l’orphelinat où il est resté travailler depuis ses 18 ans. Son but : apprendre la vérité sur sa naissance. Devant le refus de l’administration de lui communiquer son dossier, il cambriole la DDASS et y découvre une effarante vérité : on l’a trouvé dans une poubelle, probablement jeté par ses parents.

Que faire quand on n’a aucune histoire, que l’on est, à peine né, rejeté violemment par ses géniteurs ? Bernie s’invente une autre version de la réalité. Il ne peut en être autrement : ses parents sont victimes d’un complot, il a été enlevé et ses ravisseurs se sont débarrassés de lui. Aujourd’hui, ses parents sont en vie et ont besoin de son aide. Lorsqu’il s’invente une vie meilleure, il la choisit de type « polar à l’américaine ».

Pour son premier long métrage, Albert Dupontel, révélé par ses prestations sur les planches et à Canal +, décide de filmer des personnages affreux et méchants. Dans une société qui organise tout, il a une grande affection pour les « hors-normes » . Dans sa quête d’identité, Bernie retrouve un père semi-SDF et une mère bourgeoise coincée. Son périple est ponctué d’accès de violence soudaine. Car Bernie, brutal, a le coup de pelle plutôt leste.Albert Dupontel transgresse les codes, et dans une esthétique déformante et très noire (due au traitement de l’image et à un négatif sans blanchiment), livre un reflet violemment grossi de la société. Le propos – grandir sans nom et sans passé – est très amer et le rire est ici révélateur d’une profonde noirceur.

AP CANNES 2020 Soul de Pete Docter (1h40)

Un petit bijou fait pour la salle mais Disney est surtout une industrie …

Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner (voix originale de Jamie Foxx) a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, caractère et spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22 (voix de Tina Fey), une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. En essayant désespérément de montrer à 22 à quel point l’existence est formidable, Joe pourrait bien découvrir les réponses aux questions les plus importantes sur le sens de la vie.

Pete Doctor réalise aprés La Haut un petit bijou sur le sens de la vie en faisant de multiples références à la vision de Jung ( avec les rencontres du Soi ) et nous inspire par une vision spirituelle du monde et de l’ haut delà . Dommage que Disney renonce à sortir le film en salles ….

Sportin’ Life d’Abel Ferrara (1h05)
En présence d’Abel Ferrara

st un film documentaire italien réalisé par Abel Ferrara, sorti en 2020. Il est présenté hors compétition à la Mostra de Venise 2020.

Sportin ‘Life est la sixième incarnation du projet artistique international Self, organisée par le directeur créatif de Saint Laurent, Anthony Vaccarello. Ce projet est un commentaire artistique sur la société tout en mettant l’accent sur la complexité de divers individus à travers le regard d’artistes qui évoquent l’attitude Saint Laurent de confiance, d’individualité et d’expression de soi. Le documentaire est une exploration des sources et de l’histoire personnelle de la créativité, la vie essentielle d’un artiste. Brut et tranchant, il a le sentiment d’un moment dans le temps qui se passe encore. Le regard intime et luxuriant d’Abel Ferrara sur sa propre vie, son monde réfracté à travers son art – musique, cinéma, ses collaborateurs et inspirations telles que les premières œuvres de Ferrara et ses partenariats créatifs avec Willem Dafoe, Joe Delia, Paul Hipp et les musiciens qui l’ont inspiré travail.

CINÉ-CONCERT La Femme et le pantin de Jacques de Baroncelli (1h55)
Accompagnement à l’orgue par Paul Goussot

La séduction sans passer par des mots, c’était un défi du cinéma muet. C’est celui du cinéaste Jacques de Baroncelli avec La Femme et le pantin (1928). En Espagne, Don Mateo se retrouve ensorcelé par Conchita Perez, la femme « qui n’a peur de personne ».

 Conchita est danseuse, donc enivrante, pourtant ce n’est pas avec son corps, mais par le biais d’un gros plan magnifique de son profil, que de Baroncelli choisit de la montrer la première fois à l’écran et de faire chavirer le coeur du héros. Un gros plan aux codes brouillés puisque ce personnage de séductrice porte un chaste fichu blanc sur les cheveux, mais arbore une bouche marquée d’un maquillage irrésistible. Par ces détails simples, le réalisateur pose l’enjeu : avec cette femme-là rien ne sera facile, ni décriptable. Commence alors une oeuvre rythmée, et le portrait moderne d’une héroïne vivante et assurée, qui s’allonge par terre pour converser avec l’homme qui la désire comme un fou. Conchita Montenegro dans ce rôle tout en sourire féroce, rehaussé par un regard dont on ne s’échappe pas, porte cette catastrophe des sentiments à venir avec une grâce et vitalité splendides. Très inspiré, de Baroncelli se permet tout, y compris de filmer une longue scène de danse nue brisée par des zébrures d’ombres, ou les brillances d’un rideau de scène ajouré, pour terminer sur le reflet de la danseuse sur le verre d’une bouteille de champagne. Rien que pour cette séquence, La Femme et le pantin est un tourbillon inoubliable.

The Human Voice de Pedro Almodòvar (2020, 30min),

Le festival s’est cloturé par surprise avec ce court métrage dramatique hispano-américain de 2020 écrit et réalisé par Pedro Almodóvar, basé sur la pièce du même nom de Jean Cocteau. Il met en vedette Tilda Swinton splendide en femme névrosée

Le texte est celui du monologue crée par Jean Cocteau ( et déjà interprété par Simone Signoret en CD) prononcé par une femme qui parle à son amant au téléphone après qu’il vient de se marier avec une autre fille.

Almodovar rajoute des péripéties et fait de ce texte sombre un parabole flamboyante sur la capacité de résilience et de renaissance de l’homme …

Belle fin pour le festival dans le contexte actuel …

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