Jung à la lumière de la Gnose

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Jung et la Gnose de Françoise Bonardel ( ed P G D R 2018 )

Dans la lignée de son travail sur l’ hermétisme et l’ alchimie Françoise Bonardel s’ attaque à Jung Jung sous un angle qui est sans doute le plus pertinent suite à la publication du Livre Rouge : son rapport avec la gnose qui lui a été bien des fois reprochée .

Cet aspect moins connu de son œuvre est en lien avec l’ alchimie qu’il a contribué à présenter sous un jour nouveau…

L’ ouvrage est dense , pas toujours facile à lire mais très clairement référencé ( l’index final sera très apprécié des chercheurs ) , le plan choisi est à la fois chronologique et thématique , l’ auteur ose qualifier la psychanalyse analytique de gnose et finit par questionner la quête du savoir absolu .

L’ouvrage est dédié aux semeurs d’ étoiles en écho à la belle couverture justement étoilée….

L’ alchimie est bien au coeur de l’ œuvre Jungienne comme l’ indique l’ auteur «  un chainon manquant entre les gnoses antiques et la psychologie analytique » : il ne cessera par la suite de faire dialoguer gnose et alchimie : dès 1916 les « 7 sermons aux morts » font référence au gnostique Basilide. Son travail sera amplement commenté par l’ historien Gilles Quispell qui voyait dans la gnose la 3éme composante de la civilisation occidentale : une connaissance qui apporte le salut présente en sous texte dans toutes les spiritualités ….

L’ auteur montre que Jung s’intéressa toujours à la gnose bien au-delà de la période 1918:1926 qu’il avoua dans ses mémoires : il n’ était pas gnostique ( au sens d’ adepte d’un spiritualité dualiste apportant la connaissance et le salut hors de ce monde d’illusion ) mais a été inspiré par les textes gnostiques toute sa vie ( dont la Pistis Sophia de Valentin ) et étudia la gnose en tant qu’ expérience individuelle mais il ne luis consaca jamais d’ étude complète : son intérêt pour le culte de Mithra s’ accompagna d’une expérience de déification en 1913 qu’il analysa 10 ans après comme une aspiration à la lumière …

Toutefois il apparaît par moment une confusion entre gnose et occultisme dès sa thèse de doctorat sur les phénomènes occultes , il ne conçoit pas la gnose comme forme de connaissance salvatrice universelle mais comme un processus psychologique de connaissance de soi : son analyse de la chute de la Pistis Sophia se centre sur l’ idée de projection cosmique : ce serait la séparation de l’ anima féminine d’avec le conscient masculin tendant à l’ absolu …

Bonardel pense que Jung fait une relecture alchimique du mythe Valentinien dont elle ne perçoit pas le sens redempteur implicite …

Une partie de l’ouvrage est consacrée au « Livre rouge » opus magnum de Jung qui l’ avait gardé secret de son vivant : cette expérience qui début à l’ âge de 36 ans marque sa renaissance symbolique exprimant un besoin de régénération à l’ instar de Goethe dans son Faust , le renouveau naissant de l’acceptation du déclin ….

Dommage que l’ouvrage soit pauvre en illustration , la traversée de la nuit effectuée par Jung à la recherche de son âme passa surtout par le dessin et la figure du Mandala ( qui fleuri aujourd’hui dans les livrets de développement personnel ) : Bonardel note avec justesse que Jung ne définit pas toujours clairement l’âme:parfois figurée par l’ anima Salomé ( sa figure érotisée ) elle la dépasse et retrouve sa fonction médiatrice entre le corps et l’esprit ( des profondeurs dans le LR ) : c’est une force de vie . Bien plus Jung réhabilite la figure du Serpent en en faisant le symbole du Christ guérisseur , autre version du mercure alchimique …

La lecture de l’ouvrage montre bien la fascination de Jung pour le démiurge des gnostiques qu’il évoque sous le nom d’ Abraxas puis d’ Aion e, écho à son expérience de «  déification » vécue en 1925 où il se voit crucifié avec une tête de Lion et entouré d’un serpent ( page 167 et suivantes avec les deux seules illustrations de l’ouvrage ) mais paradoxalement il n’ne fait pas une figure archétypale majeure …

On retiendra que pour Jung le man n’est pas une simple privation de bien il est bien réeel sur cette terre mais il ne partage pas la vision gnostique de la chute de l’humanité dans un monde dominé par un démiurge : pour lui le mal est intérieur (ombre) et peut être transmuté ( par un processus Alchimique) : le concept d’ombre central reste comme le souligne Bonardel très ambigu ce n’est plus l’ absence de bien mais ce n’est pas un principe mauvais ( lié au dualisme gnostique ) .

Esprit curieux Jung porta une grande attention à la théosophie et l’anthroposophie mais ne se reconnu pas dans les courants Rosicruciens et autres églises Gnostiques de son époque , il restera un esprit libre et citrique qui aura le mérite de creuser une piste nouvelle dans la recherche devenue de nos jours le courant Transpersonnel .

La question de l’ accès au spirituel reste ouverte …

https://www.pgderoux.fr/fr/Livres-Parus/Jung-et-la-gnose/262.htm

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