La loi du marcheur : lire le cinéma et le monde

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Très belle performance d’acteur sur un texte toujours d’ actualité du critique Serge Daney ( 1944-1992)pour qui lire le cinéma permettait de mieux lire le monde …

Le comédien Nicolas Bouchaud joue et organise un dialogue avec ce ciné fils sensible passeur et penseur qui livre le cinéma comme la promesse d’un monde : son questionnement final sur la place des mythes dans notre culture ( et sa méfiance vis à vis de celui de la terre mère ) est plus que d’actualité mais reste un impensé du critique plus axé sur le politique

Janvier 1992. Quelques mois avant sa mort, Serge Daney s’entretient avec Régis Debray sur son itinéraire de critique de cinéma. Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, journaliste à Libération, fondateur de la revue Trafic, il témoigne de ce que « voir des films » lui a offert du monde. « On ne devient pas critique de cinéma, dit-il, ça peut pas être une vocation, c’est à peine un métier. » Serge Daney invite à un voyage dans l’Histoire, celle d’un « petit parigot » né en 1944 qui embarque dans le cinéma comme sur un bateau nommé « promesse d’un monde ». Un bateau où toutes les classes se mêlent et s’échangent les tours de quart. Une odyssée qui est école du regard et de vigilance, car « savoir regarder » s’avère un outil précieux, qu’on soit chasseur, ouvrier ou penseur, quand on aspire à devenir « citoyen du monde ».
Le spectacle créé par Nicolas Bouchaud et Éric Didry, issu de la transcription exacte des entretiens, puise à cet art de la parole si propre à Serge Daney qui se décrivait lui-même comme un « griot », un « passeur ». Avec pour seul viatique un écran, comme une page blanche, sur lequel s’invite un film comme s’il contenait à lui seul tout le cinéma. Sur le plateau du théâtre, l’acteur, l’écran, le film et le spectateur tissent des liens de plus en plus sensibles sur fond d’extrait de Rio Bravo et de questions sur la cinéphilie
Nicolas Bouchaud, compagnon de route de Gabily, monstre de scène chez Jean- François Sivadier pour qui il interprète les rôles-titres de La Vie de Galilée de Brecht, du Roi Lear de Shakespeare et récemment dans La Dame de chez Maxim de Feydeau, donne sa voix à l’un des plus grands penseurs de l’histoire du cinéma. Éric Didry, depuis son premier spectacle, Boltanski / interview, comme dans Récits / reconstitutions, place la parole au centre de sa recherche. Il travaille ici, comme dans l’ensemble de ses spectacles, à modeler de nouvelles formes d’écriture pour réinterroger la place et la perception du spectateur
Une reprise réussie qui donne envie de relire Daney ( entretiens publiés en album et en poche chez Jean Michel Place )

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