Festival Lumière 2013 Coup de cœur spécial Hal Hasby

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Best of des manifestations suivies

Rétrospective Hal Hasby en 9 films , 9 portraits de l’Amérique, drôles ou touchants, politiques et engagés…

La plupart des films de la rétrospective sont présentés en copies restaurées en 4K grâce à Colorworks/Sony Pictures.

Hal a débuté au cinéma en tant que monteur (il décroche d’ailleurs l’oscar du meilleur montage pour Dans la chaleur de la nuit, en 1967), avant de devenir, très simplement, et sans exagération aucune, le réalisateur le plus négligé et mésestimé des années 70.

Ses personnages, très souvent à la recherche de quelque chose de rarement trouvable et son sous-texte subtilement politique, ont nourri une œuvre particulièrement riche. Et si son parcours personnel et ses problèmes d’addiction l’ont mis au ban d’Hollywood pendant longtemps, nombreux sont ceux qui redécouvrent ou rendent honneur, aujourd’hui, à son talent, à son immense ouverture d’esprit, et à son humanisme.

Harold et Maud, sans doute son film le plus connu à ce jour, a défrayé la chronique lors de sa sortie en 1971 pour rapidement devenir un film culte dans les milieux autorisés. Shampoo a participé à la réputation sulfureuse du séducteur Warren Beatty. Jon Voight et Jane Fonda lui doivent leurs oscars pour les performances qu’il leur a inspirées dans Le Retour, en 1978.

Comme leur auteur, les films de Hal Ashby sont souvent à la croisée des chemins, ils émeuvent et font la part belle à l’humour noir, ils décapent et attendrissent. Wes Anderson, Sean Penn ou encore les Coen Brothers le citent comme influence majeure.

Bound For Glory de Hal Ashby , États-Unis , 1976

1936. L’Amérique est en proie à la Grande Dépression. Âgé de 24 ans, Woody Guthrie (David Carradine) survit grâce à des talents marginaux (diseur de bonne aventure, guérisseur, peintre) et assure au jour le jour la subsistance de sa famille. Guitariste amateur, il participe aussi aux fêtes et célébrations locales. Un jour, n’y tenant plus, il quitte sa femme Mary (Melinda Dillon) et ses deux filles, et prend, comme des milliers d’Okies, la route de la Californie. Voyageur clandestin, sautant de train en train, il découvre la faim, la colère, la crasse, mais aussi la solidarité des vagabonds et l’extraordinaire emprise de sa musique sur ses compagnons, véhiculant leurs espoirs et leurs révoltes.

Petit rappel le protagoniste a réellement existé:natif de Okemah, Oklahoma, Woddie Guthrie est un chanteur et guitariste folk. Sous l’effet du krach boursier de 1929, il part pour la Californie. Au contact de la misère, son engagement politique et syndical naît, et Guthrie oppose ses chansons contestataires aux milices des exploitations agricoles et aux autorités policières. Il fait de ses guitares des armes, gravant sur chacune d’elles la phrase « This Guitare Kills Fascists ». Jour après jour, il constitue un vaste répertoire (on parle de 1000 chansons). Il meurt en 1967, non sans avoir fortement influencé le courant de nombreux protest singers des années 1960.

Le film retrace les quatre années les plus décisives de celui qui inspira Bob Dylan et dont le fils, Arlo Guthrie, fut la vedette d’Alice’s Restaurant d’Arthur Penn (1969) – autre film illustrant la réponse de la jeunesse américaine des années 1960 à la société américaines d’alors.

De fait, le biopic d’Ashby est un double portrait de l’Amérique, en crise dont les images de milliers de gens en haillons, de trains de marchandises bondés d’émigrants, de récoltes brûlées par les « dust storms » sont l’illustration pour les années 1930. C’est David Carradine (dont le père John jouait dans le film de Ford Les Raisins de la colère, adapté du roman de John Steinbeck), le justicier de la série Kung Fu, qui prête à Guthrie sa silhouette dégingandée et son expressivité nonchalante. Le rôle fait écho à l’homme privé Carradine, participant au mouvement beatnik et adepte de la non-violence. Hal Ashby souhaitait tout d’abord utiliser la voix de Guthrie pour les chansons, mais changea d’avis lorsqu’il se trouva devant « une telle personnalité, qui a rendu le personnage tout à fait plausible ».

À travers ce parcours symbolique, Ashby construit pas à pas une sorte de poétique de la marginalité, où il montre la liberté de création face à la censure, l’oppression, la responsabilité du citoyen et celle de l’artiste sans édulcorer le personnage qui a sacrifié sa vie familiale à son idéal de Bohéme et apparaît comme une incarnation marxiste du Christ .

Coming Home de Hal Ashby , États-Unis , 1978

Los Angeles, 1968. Après le départ pour le Vietnam de son mari Bob (Bruce Dern), capitaine dans les Marines, Sally Hyde (Jane Fonda) devient bénévole au sein d’un hôpital pour vétérans. Dans le pavillon des paraplégiques auquel elle a été affectée, elle retrouve Luke Martin (Jon Voight), un ancien camarade de lycée ayant perdu l’usage de ses jambes au combat. D’abord intimidée par son hostilité et ses accès de violence, Sally parvient progressivement à établir une relation avec Luke. Un jour, Bob revient du Vietnam.

On se replonge ici dans l’un des premiers films à évoquer le choc post-traumatique de l’après-guerre du Vietnam tourné en 1978, dix ans après l’offensive du Têt et l’assassinat de Bob Kennedy. Installé comme cinéaste de la contre-culture, Ashby s’est associé pour ce projet à Jane Fonda, à la fois actrice et productrice, devenue l’une des chefs de file de la contestation contre la guerre du Vietnam .

Une des spécificités du travail d’Ashby est la place prépondérante de la musique des années 1960 dans son récit, comme si les chansons étaient parfois les supports de la narration. Dans Le Retour, on peut notamment entendre dans leur intégralité Just Like A Woman de Bob Dylan, ou encore Sympathy For The Devil des Rolling Stones. Ashby a toujours décontenancé les critiques – Le Retour ne les rassura pas, alors qu’il apparaît aujourd’hui comme un film trop oublié. Mais le public suivit, même si Le Retour souffrit de la comparaison avec Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter, Michael Cimino, 1978) qui reçut la même année l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. Le Retour remporta le Prix d’interprétation masculine à Cannes en 1978, ainsi que les Oscars du meilleur acteur et meilleure actrice pour Jon Voight et Jane Fonda.

Le propos sonne encore fort juste : on voit les ravages de la guerre sur les sentiments et un trio amoureux complexe avec deux personnages masculins forts symbolisant le yin et yang en quéte d’ équilibre que tente d’ apporter le très beau personnage féminin joué par Jane Fonda

Second-Hand Hearts de Hal Ashby , États-Unis , 1981

Dinette (Barbara Harris), une veuve un peu hystérique et passablement lunatique, vit séparée de ses enfants. Loyal (Robert Blake) est un homme solitaire, aux prises avec ses propres angoisses. Après quelques verres de trop, il se retrouve marié à Dinette. Plus tard, Loyal perd son travail et se fait embarquer par Dinette : elle souhaite récupérer ses enfants placés dans sa belle-famille et compte emmener tout cet équipage en Californie.

Deuxième des trois films produits par Lorimar, Cœurs d’occasion a un scénario signé Charles Eastman et une photographie dirigée par le grand Haskell Wexler. Dans cette tragi comédie le Sud-Ouest américain est une sorte de zoo rempli d’êtres excentriques et dangereux : des gangs mexicains, des chasseurs de serpent à sonnettes manchots, ainsi qu’un pervers sexuel. Le cinéaste propose de nouveau sa vision du monde aussi bizarre que gangréné . Comme d’habitude, le cinéaste semble avant tout vouloir filmer l’histoire d’amour de deux marginaux, deux inadaptés au système. Barbara Harris est excellente dans son rôle : bavarde, excentrique, elle transcende son personnage de mère prête à tout pour donner un meilleur avenir à ses enfants, l’interprète avec justesse, lui donnant âme et profondeur. Robert Blake apporte son teint pâle et son visage inquiétant au personnage de Loyal, véritable boule d’angoisse maladive. Toujours à la limite de l’improvisation (ou parfois, de la nonchalance), le film fait songer au travail de Robert Altman avec ses comédiens. Notons que le fils de Dinette se prénomme symboliquement Human et vit une éprouvante traversée du désert : les personnages du film ne seraient ils pas tous une allégorie de l’humanité selon Ashby?

Fanny et Alexander de Ingmar Bergman , Suède , 1982

Une ville suédoise au début du XXe siècle. Helena Ekdahl (Gunn Wållgren), célèbre actrice désormais à la retraite, chef d’une grande famille aisée, prépare les festivités de Noël. L’effervescence est observée par Alexandre (Bertil Guve), fils d’Oscar (Allan Edwall), l’aîné d’Helena, à qui elle a légué la direction du théâtre de la ville. Mais la douce harmonie familiale ne durera pas…

C’est avec plaisir qu’ on se replonge dans un classique du cinéma qui était curieusement non distrubué sur support DVD en France : il faut se souvenir que Fanny et Alexandre fut d’abord un roman, écrit par un Bergman revenu en son île et devenant de plus en plus écrivain ,il décida de l’adapter pour ce qui sera son dernier long métrage au cinéma . Belle conclusion d’une œuvre dont la force et la conviction dépassent l’entendement, Fanny et Alexandre, saga familiale nordique, fut un triomphe mondial  : il remporta une vingtaine de prix, dont en France le César du meilleur film étranger en 1984, ainsi que quatre Oscars sur les six nominations obtenues, dont celui du meilleur film étranger et de la meilleure photographie, due au fidèle Sven Nykvist, inséparable du grand geste bergmanien.

Il est intéressant de se plonger dans Le making of du film, Le Tournage de « Fanny et Alexandre », sorti quatre ans plus tard( et en Bonus du DVD qui sort ce mois ) apporte un éclairage précieux sur les méthodes de travail du cinéaste et sur l’aventure de ce film-testament.

C’est sans doute l’œuvre qui combine le mieux la mélancolie légendaire de l’auteur et une intensité émotionnelle extrême. Le film le plus chaleureux et le plus autobiographique de l’illustre cinéaste . Bergman semble s’être réconcilié avec son enfance, comme en témoigne la belle sérénité dans laquelle baigne le film. Les thèmes qui ont jalonné toute son œuvre restent prégnants : la mort, le rapport conflictuel au père, l’art, le couple, Dieu…
Film-somme, parcouru d’une joie immense, Fanny et Alexandre vibre de sensualité et foisonne de références. Bergman convoque ainsi le peintre Carl Larsson, August Strindberg (Le Songe), William Shakespeare (Hamlet), mais aussi le théâtre et la littérature scandinave (Henrik Ibsen, Selma Lagerlöf). Il use également de l’imaginaire enfantin et d’un soupçon de paranormal (magie, fantômes et forces occultes), donnant à son œuvre l’aspect d’un conte fantastique qui n’ a pas fini de nous hanter dans le bon sens du terme …

 

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