Festival Lumière 2011 : plein feu sur Gégé et Jacques

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La cuvée annuelle du festival Lyonnais _qui se tient sur les lieux même ou deux fabricants d’ appareil s photos ont inventé le cinématographe_ nous permet de redécouvrir des « classiques » du cinéma souvent restaurés .

Le Prix Lumière 2011 a été attribué à Gérard Depardieu

Ce Prix récompense une personnalité du cinéma pour l’ensemble de son oeuvre et pour le lien qu’il entretient avec l’histoire du cinéma. Il a été lancé à l’occasion de la première édition du festival Lumière et attribué à Clint Eastwood en 2009 et à Milos Forman en 2010.

Ainsi on a pu assister à une rétrospective de l’ œuvre méconnue de Jacques Becker (1906-1960) -ancien assistant de Jean Renoir -réalisateur dont les films parsèment l’histoire du cinéma français de l’après-guerre.

J’ ai revu avec plaisir Touchez pas au grisbi (1954) inspiré du roman noir d’Albert Simonin ( adaptation plus fidèle que celles des deux autres tomes de la trilogie (Le Cave se rebiffe, Gilles Grangier, 1961 et Les Tontons flingueurs, Georges Lautner, 1963).

Becker remet au premier plan Jean Gabin qui était au fond du trou depuis son retour d’Amérique après la guerre et confie le rôle d’Angelo à Lino Ventura, ancien champion d’Europe de lutte, qui démarre avec ce film une grande carrière Ce sont également les débuts d’assistant de Jean Becker, le fils du réalisateur, qui a vingt ans à l’époque.

Jacques Becker inaugure une nouvelle forme de films noirs dans lesquels les gangsters sont humains influençant ainsi des réalisateurs tels Jules Dassin et Jean-Pierre Melville.

Ce drôle de film noir chamboule complètement les règles du genre : on a bien une scène de poursuite en voiture et de tirs à la mitraillette, mais le film débute après le casse, et Gabin préfère aller dormir plutôt qu’aller au cabaret : « Après minuit, j’ai l’impression de faire des heures sup’ », On assiste en fait à un film sur l’amitié et sur le vieillissement magnifiquement et sobrement interprété .

 

J’ ai découvert Montparnasse 19 (1958) un film sur les dernières années de Modigliani . Ce n’est pas un film sur la peinture mais sur l’amour : l’amour de la peinture et de la création, l’amour de la femme, l’amour de la boisson. C’est Max Ophuls qui l’a commencé mais décède en pleine préparation, il avait demandé à son producteur que le film soit terminé par Jacques Becker .

Montparnasse 19 va être l’illustration des deux tendances qui s’opposent à cette époque : Henri Jeanson, le scénariste, et Jacques Becker vont s’affronter violemment (jusqu’au dépôt d’une plainte). Becker reproche à Jeanson des dialogues trop littéraires et une vision du cinéma où priment le sujet et le scénario. Becker défend la primauté de la mise en scène et revendique une place de créateur. Becker fait peu de recherches sur l’époque et la vie du peintre, il ne s’attache pas à la vérité historique. Son but n’est pas de faire une biographie fidèle et pédagogique. Il s’intéresse à l’artiste, à l’homme face à la création, pas à son oeuvre. Il dira d’ailleurs que si on l’avait laissé faire, le nom de Modigliani n’aurait pas été prononcé, et qu’aucun de ses tableaux n’aurait été montré. Un film sensible sur la relation passionnée mais impossible entre un artiste et sa compagne, Becker capte l’acte créateur en ce qu’il devient autodestructeur.

La Mini Nuit de la bande annonce présentée par Axel Brücker a été mon gros coup de cœur de cet année Conserver et restaurer le patrimoine cinématographique est un principe qui s’est appliqué à l’origine aux longs métrages de cinéma , puis sont venus les courts métrages et les documentaires.Axel Brücker a conservé prés de 20.000 bandes annonces , il est « tombé tout petit » dans le cinéma, puisqu’il est le fils de Claude BRÜCKER qui a dirigé des salles d’art et d’essai parisiennes mythiques comme le Vendôme, le Bonaparte, le Studio Raspail, et le distributeur des premiers films de Bergman, Fellini ou Buñuel. Après des études de cinéma à Los Angeles, Axel rentre au groupe Publicis pour y diriger les cinémas et rencontre Daniel Toscan du Plantier qui l’embarque dans l’aventure de Gaumont. Depuis, toute sa carrière a tourné autour de la publicité et du cinéma jusqu’à la création de son agence Génériques. En 1987 qu’Axel a racheté le célèbre Cinéma Mac-Mahon, temple parisien de la cinéphilie et relance la société de distribution en rééditant les principales comédies musicales hollywoodiennes ou des films de légende comme Ben-Hur.

Depuis son enfance, Axel collectionne les bandes-annonces ramassées dans les cabines de projection et c’est en 78 qu’il eut l’idée de créer, à Cannes, un premier festival de films-annonces qui deviendra bientôt, au sein du grand festival, le FIBA, le Festival International de la Bande-Annonce. Aujourd’hui il a regroupé les milliers de bandes-annonces de sa collection au sein du Trailers Museum (Le Musée de la Bande-Annonce) qui fera l’objet, l’an prochain, d’une numérisation pour sa sauvegarde et pour la promotion ou l’enseignement du cinéma et servira de cinémathèque pour le dépôt des films-annonces.

Ce gardien de musée très enthousiaste a sélectionné les plus extraordinaires bandes-annonces de sa collection.Une bande annonce c’est comme une promesse (parfois tenue, parfois pas) faite aux spectateurs par ce petit montage est chargé de les séduire et de leur faire croire que le prochain film projeté dans la salle est encore meilleur que celui qui va bientôt commencer.Dans ces promotions (mot qu’on employait alors), Michel Audiard fait écrire à Annie Girardot qu’« Audiard est un con » alors que Jean Yanne prétend que son film, « c’est de la m… », que Jean-Pierre Mocky se confesse en avouant que « Satan m’habite » et que Reznikov, l’un des plus grands réalisateurs de films-annonces, n’hésite pas, pour vendre le film Yiddish Connection, loin du politiquement correct qui n’existait pas encore, à dire que la bande-annonce ne montrera rien car « il faudra payer pour le voir et qu’on va pas vous montrer des images gratuitement… »Certains réalisateurs n’hésitent pas à superviser, eux-mêmes, la promotion en salle de leurs films, comme Alfred Hitchcock, bien sûr, ou François Truffaut qui n’hésite pas à faire dire à la voix-off de la bande-annonce de son premier film, Les 400 coups : « Truffaut a fait mieux qu’un chef-d’œuvre » ! Ou bien comme Jean-Luc Godard, commentant lui-même les images de la bande-annonce de son film, la termine en annonçant fièrement qu’à bout de souffle est « le meilleur film du moment ! »

La soirée a habilement combiné tous les styles de films-annonces de la nostalgie des grands classiques ( le Parrain , Blade runner , la Traviata ) aux films plus confidentiels mais mis en abimes tels la Bostella d’ Edouard Baer) et les films de Bacri and co .

 

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