Sempé : trésors d’humour

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Si on croit connaître Sempé  avec son Petit Nicolas, les couvertures du New Yorker, ce hors-série des Cahiers Dessinés «  Trésors retrouvés » dirigé par Frédèric Bosser explore la part plus méconnue de son œuvre : dessins de presse, publicités et publications rares. Il tient moins de la rétrospective que de la fouille d’archives avec plus de 130 dessins peu connus voir pour certains inédits..

Ce travail de recherche est dû à Yves Cheminant, auteur et collectionneur qui a consacré quatre années à retrouver les dessins oubliés, notamment dans les archives du New Yorker : ce travail de longue haleine mené avec le concours de la famille de Sempé dévoile des documents pour la plupart jamais réédités depuis leur publication d’origine. Le livre couvre des premiers travaux de presse aux œuvres de maturité, ce qui permet de suivre la formation du trait et de voir ce que les recueils ont laissé de côté.

À partir des nombreuses interviews données par l’artiste, Cheminant recompose une conversation où Sempé parle de son travail, de l’humour, de la musique (sa grande passion), des souvenirs d’enfance, du doute et de la célébrité. Le procédé est séduisant, car il fait parler un artiste réputé pudique. 

Le volume s’ouvre aussi à la famille, avec une interview exclusive d’Inga Sempé, fille de l’artiste par le rédacteur en chef Frédéric Bosser, on y découvre un Sempé complexe loin des idées reçues et de l’impression de bonhommie donnée par certains de ses personnages.

L’ouvrage s’ouvre sur une autobiographie Jean-Jacques Sempé dans son premier livre ( Volltreffer paru aux éditions Diogènes en 1959) et se compose d’ extraits d’entretiens sur ses grands thémes de prédilection ( le dessin , l’humour , Paris , la musique , Jacques Tati ..)

Rappelons quelques moments importants de son parcours : né le 17 août 1932 à Pessac, près de Bordeaux, dans un milieu modeste il vit une enfance difficile : ses parents, pauvres et peu éduqués, s’entre-déchiraient presque chaque soir.Le dessin et la musique, le jazz surtout, deviennent très tôt ses refuges.Il quitte l’école jeune et enchaîne les petits métiers puiss’engage dans l’armée, expérience brève qui le laisse sans illusion.Il rêve d’être musicien de jazz, mais c’est le dessin qui s’impose.Il propose ses premiers dessins à la presse bordelaise, puis nationale, dans les années 1950 et décide de monter à Paris ou il collabore entre autres avec Paris Match le Monde et Télèrama. Sa rencontre avec René Goscinny, par le milieu de la presse et de la BD franco-belge, est décisive:ensemble, ils inventent « Le Petit Nicolas » qui prend vie en 1959, notamment dans Pilote.En 1962, paraît Rien n’est simple, son premier recueil de dessins , il fait preuve d’un humour doux-amer ou tendresse et ironie se mêlent.Son style marque le lecteur : de minuscules silhouettes dans de vastes décors, la petitesse de l’homme face à la nature et sa solitude dans la ville.Ses aquarelles de Paris, de la campagne et des immeubles sont devenues des références.Son compagnonnage avec le New Yorker commencé en 1978 (il y signera plus de 110 couvertures).le rend célèbre aux États-Unis.
Il nous quitte le 11 août 2022, à 89 ans, quelques jours avant son 90e anniversaire avec 
un dernier dessin, paru dans Paris Match qui porte cette phrase : « pense à ne pas m’oublier ».
Avec tendresse et élégance, il n’aura jamais cessé de dire que rien n’est simple et que tout se complique en gardant son âme d’éternel enfant …

Aujourd’hui, ses archives dispersées sont redécouvertes, sa côte grimpe : en juin 2023, une vingtaine d’originaux se vendent à Drouot pour 280 704 €, soit le triple de l’estimation basse. L’œuvre apparaît plus vaste que ses recueils et ce hors série des Arts dessinés «  Trésors retrouvés » participe de cette importante redécouverte de l’un des plus grands chroniqueurs du quotidien du XXe siècle.

https://dbdmag.fr/categorie-produit/les-artsdessines-hs/

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