Mosquito nous replonge dans la guerre d’Indochine avec un roman graphique sensible basé sur le parcours de François du Sorbier, journaliste à l’AFP, sa fille Natalie Nielui rend hommage en écrivant un scénario basé sur ses mémoires et son mari Chongrui Nie l’illustre dans un somptueux noir et blanc.
Voilà donc une affaire de famille et de mémoire : en 1949 François du Sorbier qui couvre la guerre d’Indochine pour l’AFP doit faire face à la censure militaire qui l’oblige à envoyer des dépéches orientées, pris de remord il rédigera un manuscrit « la Gomorhe asiatique »qui ne sera jamais publié.
Sa fille se fait scénariste et retrace son parcours en utilisant les archives familiales (photos, carnets, souvenirs) :on découvre non seulement le conflit mais la vie quotidienne en Indochine pour ces personnages : la mère infirmière (formée en médecine tropicale), le journaliste, leur vie de couple, la naissance de Natalie à Saïgon,
Le récit mêle souvenirs personnels, témoignages intimes, et aussi des éléments historiques d’ensemble : les événements majeurs, les ambiances colonialistes, les interactions entre Français et population locale, les difficultés, la tension militaire, jusqu’à Dien Bien Phu.
Le titre de l’album « sale guerre » renvoie au qualificatif que la mère utilisait pour ce conflit soit c une guerre âpre, moralement difficile, avec des zones d’ombre, des souffrances, une désillusion par rapport aux idéaux
L’illustrateur Chongrui Nie célèbre pour sa série historique Juge Bao donne un aspect très documentaire à l’histoire par son trait réaliste , le noir et blanc vient accentuer le sentiment de gravité, de distance nostalgique.La composition rend sensible les ambiances : la chaleur, l’humidité de l’Indochine, les visages fatigués, les silence, avec par instant des planches immersives.
Le livre n’est pas juste une mémoire familiale, il fait œuvre de transmission. On apprend des choses peu mises en avant dans la culture populaire : la vie de civil, de l’infirmière, les implications psychologiques, la frontière entre reportage et vécu.
L’ouvrage parvient à garder un rythme entre dramaturgie subjective et la réalité historique
« Sale guerre en Indochine » est une BD forte et nécessaire qui réussit mêler le documentaire à l’intime, donner une voix à des personnages forts (la fille, la mère, le journaliste) pour lesquels le lecteur finit par ressentir une réelle empathie.
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