Voilà encore un film inspiré par une actrice hors norme : Guilletta Massina épouse de Fellini qui signe ici le scénario mis en scène par Eduardo De Filippo.
En voila l’argument : à Rome Fortunella, chiffonnière un peu simplette, vit avec Peppino, un être primaire qui l’exploite honteusement. Elle est sa maîtresse, son associée, sa domestique et, surtout, son souffre-douleur. Querelleuse mais soumise, Fortunella supporte son morne destin en se persuadant qu’elle est la fille du prince Guidobaldi, pour qui sa mère a travaillé…
Ce film peut se voir comme une variation sur La Strada et les Nuits de Cabiria de Fellini : le parcours d’une femme déclassée qui rêve sa vie et essaye de sortir de sa condition d’exploitation par des hommes peu scrupuleux ( une crapule et un alcoolique).
Le metteur en scène tire le sujet « social » de Fellini vers la Fable étrange : il apparaît lui même en poète décalé directeur d’une compagnie d’artistes et s’avère un fabuleux directeur d’acteur : Alberto Sordi est délectable dans le rôle d’un marchand roublard et geignard et on trouve une pléiade de gueules surprenantes…
La musique originale de Nino Rota « Melodia pour Fortunella » sera recomposée pour le Parrain de Francis Ford Coppola , elle donne une belle vitalité aux aventures tragi comiques de la chiffonière.
Le film est un peu décousu et s’apparente plus à une série de sketches qu’a un récit structuré mais propose des tirades poétiques fulgurantes avec entre autre le personnage du professeur qui improvise un ode à l’eau fort burlesque.
Le personnage de Fortunella agace et émeut à la fois , Guliette Masina l’interprète avec toute sa verve communicative.
Au final une belle ode au métier de saltimbanque par un réalisateur à redécouvrir.
On trouve en bonus un livret 24 pages avec un extrait du scénario annoté, avec séquence Jean Gabin non retenue et une analyse fort pertinente et instructive « Fellini sans Fellini »par Aurore Renaut,