/Une relecture inspirée d’un mystère jamais élucidée : quand l’histoire se fait légende le scénariste Sylvain Runberg retrouve le dessinateur Jean Charles Poupard pour un diptyque inspiré et plein de suspens sur l’affaire de la « bête du Gévaudan ».
Après s’être confronté avec le personnage de Jack l’éventreur Jean Charles Poupard est à toujours l’aise dans les atmosphères troubles et macabres qu’il rend sans complaisance dans la violence mais avec un sens du détail toujours pertinent . Son style réaliste sait rendre la beauté et férocité des bêtes et des hommes qui traversent cette tragédie historique non résolue. Il sait nous transporter dans de magnifiques paysages allant de la cour du Roi à la campagne profonde et sauvage de la Lozère médiévale.
Nous sommes l’été 1765 : François Antoine arrive dans le Gévaudan avec son fils pour enquêter sur une série d’exactions. Depuis un an, on décompte dans cette région des dizaines de victimes, avant tout des femmes et des enfants, tuées dans des conditions atroces au bord des chemins. Les survivants décrivent tous une créature terrifiante, un animal inconnu, un fauve voir un loup-garou. Pour l’Eglise, nul doute, c’est un fléau envoyé par Dieu ! Missionné par le roi pour mettre fin à ce carnage, François Antoine préfère écarter ces élucubrations… Selon le porte-arquebuse du roi, il est simplement question d’un loup. Mais pour son fils, plusieurs indices troublants laissent à penser qu’il s’agit d’autre chose, de bien plus terrible qui décapite, démembre et parfois déshabille ses proies. Ni les balles des chasseurs ni les battues ne seront d’un grand secours et tandis que père et fils s’affrontent sur la nature de cette « Bête » insaisissable, la traque devient une affaire d’État… La tension monte, et une sombre rumeur ressurgit du passé…
Le scénariste suit la trame de l’histoire officielle ( qui nous est rappelée dans un cahier illustré en fin de tome dont il rédige le texte avec le dessinateur ) mais laisse des indices nous faisant douter de sa résolution pour nous mener à une fin qui marque une rupture avec la narration classique de la trame de l’enquête policière : il sait brouiller les pistes et nous entraîner dans une histoire complexe de vengeance et de loi su silence
Suite et fin dans le tome 2 les griffes du Gévaudan vont encore nous marquer …
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Les Griffes du Gévaudan – Tome 2 (Glénat, mars 2026 – Runberg / Poupard)
Voilà la fin d’un diptyque qui nous aura tenu en haleine en revisitant habilement une légende locale tenace mise en scène par Christophe Gans au Cinéma.
Ancien Régime Février 1766. La carcasse d’un loup a beau avoir été exhibée en grande pompe à Versailles, les meurtres ont repris dans les hauteurs du Gévaudan. Robert-François Antoine, fils du chasseur royal de Louis XV, revient seul dans la région, convaincu que le « vrai » monstre rôde encore — et qu’il n’est peut-être pas pleinement animal. Un témoin affirme avoir vu un humain masqué accompagner la Malbête, rebattant toutes les cartes d’une enquête que la couronne voulait close. Plongé dans une région rongée par la misère et les secrets, où les comptes se règlent à huis clos, le chasseur va être conduit vers un repaire cauchemardesque où resurgit le souvenir d’un crime oublié. Et si la Bête était le fruit d’une vengeance née dans les flammes ?
Sylvain Runberg tient en haleine jusqu’à un final aussi inattendu que spectaculaire, grâce à des dialogues soignés, des personnages travaillés et de multiples rebondissements — dosant habilement faits historiques et fiction dans ce diptyque qu’il referme avec maîtrise.
Sur la forme, le dessin réaliste de Jean-Charles Poupard impose une atmosphère âpre et crépusculaire, où les paysages cévenols oppressent autant que les personnages. Son trait précis ancre le récit dans une vraisemblance historique tout en laissant la part belle à la tension graphique — ombres lourdes, compositions serrées, violence suggérée plutôt qu’étalée.
Sur le fond, ce qui distingue l’album, c’est son refus de trancher entre thriller rural, récit historique et légende noire. La frontière entre l’homme et le monstre y devient de plus en plus floue, transformant une affaire criminelle bien documentée en une réflexion sur la peur collective et les violences sociales de l’Ancien Régime. Moins fantastique qu’il n’y paraît, plus politique qu’attendu.
https://www.glenat.com/glenat-bd/les-griffes-du-gevaudan-tome-02-9782344058251/
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