L’ auberge du péché:un curieux film noir

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Pathé nous propose de revoir un film tourné en 1949 par Jean de Marguenat son dernier film d’une carrière démarrée en 1932. Ce cinéaste français, dont aucun titre ne s’était véritablement imposé dans les mémoires, avait surtout marqué les esprits avec trois des cinq films consacrés au personnage naïf d’Adémaï, incarné par Noël-Noël. Homme aux multiples vies, le comte Jean Richard André de Marguenat avait même participé aux 24 Heures du Mans en 1923, 1924 et 1925 comme pilote avant d’embrasser le cinéma. « L’Auberge du péché »représente donc son chant du cygne, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il signe là une œuvre bien plus singulière que ce que sa filmographie laissait présager.

Le film est une adaptation par Charles de Grenier du roman « Café noir » de Georges-André Cuel. Gilberte, serveuse dans une auberge bourguignonne, voit sa vie basculer le jour où un mystérieux voyageur lui confie une liasse de billets avant d’être assassiné. Elle décide de garder le magot, mais le danger se resserre peu à peu, tandis qu’un inspecteur en vacances, Briquet, se met à flairer l’affaire.

L’intérêt du film repose en grande partie sur la prestation assez convaincante de tous ses interprètes, à commencer par Ginette Leclerc dans le rôle de Gilberte, que de Marguenat avait déjà dirigée dans La Grande Marnière en 1942. Jean-Pierre Kerien lui donne la réplique avec une désinvolture calculée dans le rôle de l’inspecteur Briquet, tandis que Jean Parédès apporte une note de comédie bienvenue. Le personnage de Christiane Barry, la Follette, apporte quant à lui une touche de modernité en incarnant une jeune femme déterminée et décomplexée, ce qui contribue à étoffer avec soin les personnages féminins du récit.

Ce qui frappe dans L’Auberge du péché, c’est précisément son refus de se laisser enfermer dans un seul registre. Le film constitue un curieux cocktail de genres, basculant allégrement de l’enquête policière à la franche comédie en passant par le drame provincial aux allures de film noir. Si cette juxtaposition peut parfois nuire à la cohérence du suspense, elle confère à l’ensemble un charme trouble et imprévisible que le cinéma français de cette époque ne pratiquait guère avec autant de désinvolture assumée. Sur la forme, la réalisation sait exploiter avec habileté les potentialités du cadre historique de la ville médiévale de Semur-en-Auxois en Bourgogne, dont l’ambiance ténébreuse donne au film une couleur visuelle reconnaissable, entre ruelles sombres et intérieurs étouffants. La musique, de son côté, joue pleinement son rôle de liant dramatique, alternant entre les teintes du polar américain et une veine plus populaire typiquement française, soulignant les ruptures de ton sans chercher à les masquer.

Pour ce qui est de l’édition elle-même, la restauration a été réalisée en 4K à partir des négatifs originaux, ce qui place d’emblée ce Blu-ray dans une catégorie sérieuse. Le résultat est une vraie réussite : les noirs sont profonds sans être bouchés, les contrastes finement équilibrés, et les textures — tissus, bois, visages — gagnent en précision sans trahir la photographie d’origine. On redécouvre ainsi les jeux d’ombre dans les couloirs, les éclairages qui sculptent les silhouettes, les détails des décors qui semblaient autrefois avalés par le temps. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 surprend agréablement : dialogues nets, ambiances préservées, souffle minimal — une restitution fidèle et chaleureuse qui respecte l’équilibre sonore d’un film où chaque murmure compte.

Le bonus principal est un module de 23 minutes intitulé « Un film sous influences », présenté par Cécile Dubost, qui revient en images sur la genèse du film, ses sources littéraires, ses influences cinématographiques et la manière dont il s’inscrit dans la tradition française du drame psychologique teinté de mystère. 

Resté longtemps invisible, L’Auberge du péché est un thriller policier méconnu des années 50 qui mérite l’attention. Pathé lui offre ici un écrin soigné, fidèle à l’esprit de sa collection « Version restaurée », et redonne enfin à ce film discret la visibilité qu’il n’avait jamais vraiment eue.

https://www.pathefilms.com/fr/films/lauberge-du-peche/dvd-blu-ray-vod


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