La première couleur fut le noir : ode à la Vie…

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Voilà un curieux et attachant récit autobiographique dessiné de façon fort originale par Anne Sophie Servantie : l’autrice relate de façon onirique et distanciée l’inceste dont elle fut victime de la part de son oncle à l’âge de quatre ans mais aussi son parcours de résilience.

Anne Sophie Servantie est architecte, aprés avoir écrit des romans de science fiction elle est devenue peintre et dessinatrice de BD. Elle a réalisé une histoire dans un collectif sur les Beatles puis un album sur sa relation avec un sculpteur aveugle « La Dernière couleur fut le rouge » elle poursuit ici cette veine autobiographique en revenant aux origines d’un trauma qui a façonnée son identité.

Le dessin onirique et distancié permet de suivre sans se sentir voyeur le traumatisme et la reconstruction progressive de la psyché dissociée de l’autrice devenue plasticienne.

Son dessin semi caricatural opère une certaine abstraction en refusant par exemple de représenter l’abuseur qui se voit doté d’un masque ricanant , sa composition sort régulièrement du gaufrier classique pour susciter des émotions fortes et extrêmes allant de l’angoisse à la plénitude .

Comme le laissait à penser le titre la couleur joue un rôle narratif essentiel dans le récit suscitant tour à tour un sentiment de malaise ou d’harmonie selon son usage dans des tonalités gris bleu souvent évanescentes suggérant que le récit se passe dans la psyché tourmentée de l’autrice . Celle çi construit son récit un sens de la lumière fort symbolique en écho au chemin allant de l’amnésie à l’anamnèse …

On salue ce premier roman graphique qui sait faire un pas de côté avec un réel sordide tout en nous confrontant au monde intérieur de l’autrice : un mystérieux personnage de psy ( dont l’identité révélée à la fin surprendra le lecteur ) permet une mis en abime du parcours insolite de sa patiente ; en effet celle ci communique avec le monde invisible depuis le drame qui a causé une EMI ( expérience de mort imminente avec sortie de corps) , son témoignage a donc une force assez inattendue et rend le lecteur paradoxalement optimiste par la leçon de résilience qu’il donne de façon toujours légère comme la plume d’un ange …

Par son regard décalé empathique et spirituel ce roman graphique peut être d’un profond secours pour les personnes abusées qui le liront et restera un beau et émouvant souvenir pour les autres ..

http://www.editionsmosquito.com/ouvrage-383.html

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