Chendi : dans les contes il ne pleut jamais

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Voilà un bien curieux second album de l’auteur italien Walter Chendi : un voyage étrange et surréaliste au côté d’un baron reclus , une fable grinçante sur la création littéraire qui détourne les codes des contes classiques.

L’auteur est encore peu connu chez nous alors qu’il a remporté en 2010 le Gran Guinigi à Lucca avec « La porta di Sion » . Né en 1950 à Trieste il a été footableur et peintre , il a déjà publié trois volumes d’histoires sur les Habsbourg de Trieste, « Maldobrìe »( encore nontraduits).

C’est son second album publié chez Mosquito aprés Maudite Baleine publiée en 2022: il continue de tracer un chemin singulier qui confronte ses anti héros à l’absurdité de la vie ordinaire.

Le graphisme évoque parfois la peinture dans le traitement des paysages naturels qui sont pour beaucoup dans l’ambiance d’inquiétante étrangeté qui nimbe le récit, le style semi réaliste de l’auteur sert la caractérisation des personnages fortement typés face au traitement naturaliste des animaux dont un tigre qui joue un rôle central dans cette quête intérieur.

Il faut relire l’ouvrage au moins deux fois tant il difficile de s’identifier à ce baron écrivain fort peu aimable , le récit qui peut paraître de prime abord décousu nous renvoi sans doute à ce que Jung appelait la confrontation avec l’ombre véritable préalable à une renaissance et une vie plus créative..

L’intrigue évoque une variation de la bête dans la Jungle d’ Henry James avec un arrière fond d’ intranquillité à la Pessoa : notre Baron est bel et bien confronté à un passé militaire mal digéré et un présent ou il se marginalise : ses rapports avec les villageois et le féminin ne sont guère brillants.

En somme il traverse un forme de dépression qu’il va tenter de soigner en écrivant un conte : l’émancipation d’un princesse dont on ne verra que le texte calligraphié sur un parchemin. Mais son réel est lui aussi une forme de conte avec un mystérieux cuisinier qui l’assiste va jouer un rôle central dans sa traversée du désert..

Au final un roman graphique plutôt pour adultes tant son sens est complexe , il laisse un parfum doux amer qui donne envie de se replonger dans cette sombre histoire habile métaphore des affres de la création littéraire.

http://www.editionsmosquito.com/ouvrage-376.html

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