Il y a dans Mes années Hara Kiri quelque chose de l’album de famille d’une France qui s’autorisait encore à rire de tout — surtout d’elle-même. Ce témoignage revient sur l’aventure d’un journal qui a profondément marqué la culture satirique : Hara Kiri, ce “journal bête et méchant” né à la fin des années 1950, devenu symbole d’une liberté d’expression sauvage, avant de donner naissance à Charlie Hebdo.
Sous la plume des anciens compagnons de route de Cavanna et Choron, on redécouvre l’esprit d’un temps où l’ironie n’était pas un slogan marketing mais une arme politique. Les textes respirent la provocation joyeuse, la mauvaise foi assumée, la tendresse crue. Ce n’était pas un humour pour séduire, mais pour secouer.
Le livre raconte les années de débrouille, les bouclages à la va-vite, les colères de Choron, les éclats de rire partagés entre Reiser, Gébé, Wolinski. Derrière les anecdotes, se dessine une manière d’être au monde : se méfier du pouvoir, tourner en dérision les idoles, refuser la respectabilité.
Aujourd’hui, cette époque semble presque irréelle. On mesure à quel point la satire s’est assagie, prise entre les codes des réseaux sociaux et la peur du scandale. Ce que Hara Kiri portait, c’était une foi brute dans le droit au mauvais goût, une manière d’élargir le champ du possible en choquant les consciences.
Mes années Hara Kiri n’est pas seulement un livre de souvenirs : c’est un rappel salutaire. On n’a pas besoin d’être d’accord avec leurs outrances pour reconnaître ce qu’ils ont offert à la presse, à la bande dessinée, à la liberté d’expression. Ce rire qui mordait encore est devenu rare. Et le relire, c’est peut-être une façon de se rappeler qu’avant d’avoir peur d’offenser, on cherchait surtout à comprendre ce qui faisait mal.
https://www.glenat.com/glenat-bd/mes-annees-hara-kiri-9782344071380/