Dementia 13 (Francis Ford Coppola, 1963)

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Avant Le Parrain et Apocalypse Now, il y eu en 1963 Dementia 13, ce film tourné à la hâte dans l’ombre de Roger Corman, produit avec les miettes du budget de The Young Racers. Œuvre de commande mais laboratoire d’un futur auteur, Dementia 13 montre déjà la patte d’un jeune cinéaste avide d’expérimenter, tout en restant prisonnier des codes du film d’horreur gothique à petit budget:après avoir rédigé un scénario en trois jours, le jeune Coppola tourne son premier long métrage en moins de trois semaines pour un budget de 20 000 dollars : il a 23 ans et débute ainsi sa carrière de cinéaste. 

L ‘intrigue fait penser à un scénario d ‘Hitchcock:une veuve tente de dissimuler la mort de son mari pour toucher l’héritage de sa riche belle-famille, les Haloran. Mais alors qu’elle séjourne dans leur manoir isolé pour commémorer une tragédie passée, elle se retrouve piégée dans une atmosphère oppressante où les secrets ressurgissent… et les meurtres s’enchaînent dans l’ombre….

Sous ses airs d’intrigue policière – une veuve cupide, un manoir irlandais, un secret de famille et des meurtres à la hache – le film trahit surtout l’envie de Coppola d’insuffler du style et du trouble dans un canevas convenu. Les éclairs expressionnistes, les plongées dans la psyché et la mise en scène des corps trahissent un instinct de cinéaste bien plus ambitieux que le matériau. Il en parle en ces termes :« Je pense que c’était prometteur, plein d’imagination. Ce n’était pas tout à fait une succession de clichés. Il y a de très belles images. À bien des égards, certaines images comptent parmi les plus belles que j’ai jamais tournées. Principalement parce que j’ai composé le moindre plan. Dans les circonstances actuelles, vous n’avez jamais le temps de le faire. Donc vous laissez cela à d’autres. » (Francis Ford Coppola cité par Gilles Esposito, Francis Ford Coppola, Capricci). 

La réédition DVD de Pathé permet de redécouvrir ce film souvent relégué aux marges du mythe coppolien. L’image, correctement restaurée, restitue la photographie contrastée de Charles Hannawalt et les jeux d’ombre d’un noir et blanc qui hésite entre réalisme et cauchemar. Les suppléments, sans être foisonnants, replacent le film dans son contexte : celui d’une industrie indépendante américaine en pleine mutation, où des jeunes réalisateurs testaient les limites du système , comme dans toutes les rééditions à venir Coppola ouvre le film et le présente rapidement ( on apprend que comme Jodorowsky il en a remonté une version plus coure de 15 min soit une heure ) et son commentaire audio érudit auquel s’adjoint une courte présentation

Dementia 13 n’est pas un grand film d’horreur, mais un précieux témoin : celui d’un artiste en devenir, entre opportunisme et recherche d’identité. Pathé offre ici l’occasion de revoir non pas un chef-d’œuvre, mais un premier cri – encore maladroit, déjà singulier qui marque l’interêt du cinéaste pour l’onirisme et les tragédies familiales.

https://www.pathefilms.com/fr/films/dementia-13/dvd-blu-ray-vod

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