La Colombe Blanche : la pureté perdue

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Artus film nous permet de redécouvrir le premier long métrage du cinéaste tchèque František Vláčil sorti en 1960, et réédite trois autres opus de sa carrière ( de 1960,à 1988).

 La Colombe blanche porte déjà cette rigueur et cette ferveur visuelle qui feront la grandeur de l’auteur : tout y est contenu en germe : la fascination pour les éléments, le goût du sacré laïc, la tendresse austère pour les êtres isolés.

Le récit est mince — un enfant, une colombe blessée, une amitié silencieuse entre deux mondes — mais ce n’est qu’un prétexte. Vláčil filme la neige, la pierre, le vent comme d’autres filment des visages. La narration glisse, presque absente, remplacée par des correspondances d’images : l’enfant et l’oiseau, le peintre et sa toile, la nature et l’humain, tout circule sans qu’on sache toujours où commence la symbolique et où finit le simple regard.

Le noir et blanc est d’une limpidité rare. Chaque plan semble travaillé comme une gravure : la lumière découpe plus qu’elle n’éclaire. Rien de décoratif, pourtant. La beauté n’est jamais gratuite chez Vláčil — elle témoigne, elle cherche. On sent la guerre, la foi, la perte, tout cela sous la surface.

La lenteur, elle pourra diviser et provoquer ou non un vertige contemplatif Le film ne guide il demande une forme de patience intérieure, celle qu’on n’a plus beaucoup au cinéma aujourd’hui. Mais quand on se met à son rythme, le temps s’ouvre, et la poésie prend tout l’espace.

L’édition propose un master récent : restauration numérique 2K avec un soin visible sur le noir-et-blanc, le contraste, le grain d’origine.Le grain est préservé, le piqué amélioré, ce qui redonne au film une fraîcheur visuelle — important pour un film de 1960 et tourné en N&B.
Artus Films propose un packaging soigné : digipack à deux volets avec son fourreau cartonné, les suppléments incluent une présentation vidéo par Christian Lucas (environ 26 minutes) qui replace le film dans la carrière du réalisateur, évoque la genèse, le tournage, etc.  Une galerie d’affiches et de photos complète le tout. 

Il y a quelque chose d’enfoui dans « La Colombe blanche » : une innocence que le monde moderne a déjà perdue en 1960. Vláčil la regarde sans naïveté, mais avec une douceur presque religieuse.Il nous donne à ressentir un film qui ne se raconte pas tant qu’il se respire tel un poème d’hiver sur la possibilité — fragile, têtue — de la pureté.

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