Une pépite inclassable à redécouvrir dans une très belle restauration qui donne tout son éclat à ses éclairages en clair obscur : le film s’ouvre sur une chanson culte de Marianne Faithfull ( Trouble in mind qui est aussi le titre original du film) qu s’avère un bon résumé de sa construction : une fable burlesque et tragique à la fois sur des anti héros en errance amoureuse dans un milieu urbain hostile.
Vivant jusque-là dans une caravane avec leur nourrisson, Coop et Georgia s’installent en ville près du café tenu par Wanda. Tandis que Georgia y travaille désormais comme serveuse, Coop se lance dans une carrière de criminel en rejoignant une bande de bras cassés sous la coupe d’un parrain suicidaire et fantasque ( magnifiquement interprété par le travesti Divine ) Fraîchement sorti de prison, l’ancien policier John Hawkins joue les bons Samaritains en aidant la jeune mère à retrouver le bébé qu’elle vient d’abandonner. Si Hawkins fréquente le café de Wanda, c’est surtout pour retrouver les faveurs de sa patronne qui certes l’héberge, mais refuse en même temps de renouer avec lui. À la croisée de son destin et de celui des clients du Wanda’s Café, Hawkins va jouer un rôle clef dans la vie de la jeune mère de famille.
Le film se revoit avec plaisir tant il est bien interprété par une brochette d’acteurs qui se débrouillent dans une intrigue qui joue sur les archétypes du polar dans une cité nommée « Rain City » , il y a de la fable moderne dans cette histoire d’amour contrarié et d’hommes perdus face à des femmes fortes. Alan Rudolph a su rassembler autour de lui une famille d’acteurs inspirés et nous faire ressentir les tourments de l’âme humaine en quête d’amour et de reconnaissance :l’ acteur chanteur Kris Kristoferson y trouve un de ses plus beaux rôles. Notons la place toujours importante de la musique confiée à Mark Isham dont la trompette atmosphérique contribue à l’atmosphère désabusée du film.
On pourra prolonger l’expérience du film par une riche section de bonus:un interview de Alan Rudolph (37′, VOST) un Making of (50′, VOST) et un récent entretien autour du film avec Hélène Merrick, journaliste (29′)