La ressortie en salle et support physique en décembre 2025 de Tucker redonne une nouvelle chance au film — longtemps relégué dans l’ombre des œuvres majeures de Coppola : il s’agit d’un des films les plus personnels de Coppola : une fable mélancolique sur le rêve américain, porté par la détermination d’un homme, Preston Tucker, et par l’enthousiasme presque enfantin de son interprète, Jeff Bridges dans la lignée du cinéma de Frank Capra.Le scénario s’inspire d’une histoire vraie : dans les années 40 Preston Tucker inventeur passionné est déterminé à bouleverser l’industrie automobile avec la Tucker Torpedo : une voiture audacieuse, novatrice, en avance sur son temps.plus sure et moins chère Mais face aux lobbies automobiles de Detroit et à l’hostilité du gouvernement, son rêve se heurte à un système décidé à l’écraser.
Sous l’œil du chef opérateur Vittorio Storaro, le film a toujours été une célébration visuelle des 1940s d’après-guerre : couleurs saturées, lumière chaude, compositions soignées. Avec cette restauration, le charme visuel reprend toute son ampleur : les travellings qui filent, les néons des ateliers, les chromes de la voiture prototype — tout cela gagne en précision.
La réalisation de Coppola — dynamique, presque joyeuse à certains moments — trouve un écrin de choix avec le HDR tandis que la musique de Joe Jackson, légère et rêveuse, s’insère désormais avec davantage de profondeur tant la spatialisation restitue mieux le ronron des moteurs, les ambiances d’atelier, l’agitation d’une ambition ivre de rêves.
Le coffret offre des suppléments intéressants : une introduction et un commentaire audio de Coppola, des scènes coupées, un making-of, et même le vrai faux film promotionnel original de 1948 réalisé pendant le film …
À l’heure où la nostalgie, la remise en question du capitalisme, et le rêve entrepreneurial reviennent en force, l’histoire de Preston Tucker — et avec lui, la vision de Coppola — résonne avec une acuité nouvelle. On perçoit plus clairement la mise en garde : derrière le fantasme de la disruption, les grands groupes restent puissants. Tucker devient alors une méditation presque politique sur le rêve et l’industrie et une métaphore prophétique de la geste de Coppola qui tenta de faire des films indépendants et se fracassa sur le projet Megalopolis.
Tucker est une fable romantique, enjolivée, un peu naïve, qui célèbre l’utopie sans toujours en assumer la violence ou les compromissions.Mais pour qui aime le cinéma d’auteur, les récits de rêve et d’échec, ou simplement les belles mécaniques, cette édition 4K est une belle occasion de (re)découvrir un film injustement méconnu. une jolie balade sous forme de miroir à l’Amérique d’après-guerre — rêveuse, fragile, et parfois cruelle.
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