Ce nouvel album de Servais ( tome 3 de la série en cours sur la symbolique de la faune) plonge son lecteur dans unhistoire à double registre : d’une part la symbolique des oiseaux (corbeau, corneille, colombe) ; d’autre part un récit inscrit durant la Seconde Guerre mondiale.
On y suit une jeune fille, Éléonore, fascinée depuis son enfance par les corbeaux et les corneilles, avec pour complice une corneille apprivoisée nommée Coronis. Cette singularité la marque et, dans le contexte dramatique de la guerre, lui joue un rôle — selon l’éditeur : « un parfum de peur et de séduction… qui pourrait bien lui coûter cher. »
Servais, après avoir exploré le renard puis le cerf dans les tomes précédents, met ici à l’honneur ces corvidés et la colombe — typiquement associés, dans l’imaginaire collectif, à la mort, à la sagesse, à l’innocence ou au sacrifice. Ici, il se donne pour mission de lier légende, symbole et Histoire.
On apprécie que Servais ne se contente pas d’un « bel album animalier », mais qu’il l’inscrive dans un conflit historique majeur, et qu’il fasse de l’enfant (Éléonore) un point de vue à la fois intime et symbolique. Cela donne au récit un ton doux amer parfois cruel mais toujours juste avec des inserts sur des histoires mythiques fondatrices.
Le choix des oiseaux est riche – le corbeau et la corneille ont des connotations lourdes dans nos cultures : dans les mythes le corbeau est souvent vu comme oiseau de présage ou de mort tandis que la colombe évoque la paix, la pureté, l’innocence. Servais joue habillement avec ces contrastes avec son style réaliste et poétique bien à lui , sa filiation avec Gustave Doré est mise en avant par la publication de la nouvelle d’ Edgar Allan Poe.