Voilà la réédition en 4K ressortie salle d’un film culte longtemps invisible ; un film sorti en 1983 inabouti mais passionnant qui questionne l’existence d’un mal absolu …
Ce film mutilé par les producteurs de la Paramount ne nous revient pas malheureusement dans la version de 3H tournée par le réalisateur : ce deuxième long-métrage de Michael Mann, réalisé en 1983, La Forteresse noire transcende les codes classiques du cinéma d’horreur et surprendra quand même le spectateur malgré des effets visuels inaboutis ( en parti du au décès du concepteur des effests spéciaux Wally Weevers pendant le tournage) et des ellipses narratives qui pennent parfois à faire sens
Comme souvent par la suite dans son cinéma Mann propose une réflexion aussi singulière qu’oppressante sur le mal, la nature humaine et les vertiges de la morale face à la barbarie poussée à son paroxysme.
Le cinéaste tire son inspiration du célèbre roman éponyme best seller de Francis Paul Wilson ( publié chez Jai Lu ) : pendant la Seconde Guerre Mondiale, des soldats allemands investissent un château roumain hanté. Persuadés que le lieu recèle un trésor, ils libèrent par mégarde le démoniaque Molasar, qui commence à décimer la division.
Ici le mythe du Golem protecteur du peuple juif est questionné dans sa dangerosité :
Porté par un casting aussi réjouissant qu’inattendu, La Forteresse noire orchestre la rencontre de quelques grands noms du cinéma anglo-saxon : Scott Glenn (Apocalypse Now) prête ainsi ses traits à Glaeken Trismegestus, mystérieux étranger lié à la forteresse par un destin obscur, tandis qu’Ian McKellen (la trilogie Le Seigneur des anneaux) incarne le docteur Theodore Cuza, bientôt tenté de conclure un pacte faustien avec le démon. Enfin, dans l’un de ses tout premiers rôles au cinéma, Gabriel Byrne (Usual Suspects) se glisse avec une jubilation manifeste dans la peau de l’atroce major Kaempffer, un officier SS sadique dont la froideur et la brutalité contribuent à l’atmosphère unique de ce film fantastique méconnu et baroque, à (re)découvrir enfin en salle avant une ressortie en support physique à la rentrée .
Notons la participation du dessinateur Enki Bilal ( devenu par la suite réalisateur avec Immortel ad vitam) sur le design de la créature en écho avec l’imagerie des films de Murnau et des romans de Lovecraft , il crée un Golem bien différend du personnage du vampire imaginé par le romancier qui se désolidarisa du résultat
La BO atmosphérique de Tangerine Dream donne au film un ton angoissant et envoutant à la fois.
On est passé pas loin du chef d’oeuvre à la 2001 : en opposant une troupe de SS à une mystérieuse entité démoniaque, le film permet au cinéaste de tisser une fable métaphysique où le mal devient une allégorie des ténèbres humaines, incarnées par le nazisme et son idéologie de mort, avec l’idée qu’il existe toujours un mal plus absolu qui peut être vaincu par un force qui n’est pas de ce monde …