AVIGNON OFF 2017

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Voici un florillège des pièces vue et appréciées cette année

_ Contagion de François Bégaudeau

Metteur en scène : Valérie Grail

Interprète(s) : Raphaël Almosni, Côme Thieulin

Voilà un objet théâtral insolite parti de la commande de la metteuse en scéne au réalisateur essayiste de « entre les murs » : une interrogation sur la place de la culture dans l’ evitement de processues de déradicalisation , une volonté d’aller contre les lieux communs et l’annonce d’un désastre annoncé.

La note d’intention François Bégaudeau est à ce sujet éclairante sur l’intention du spectacle

« La rumeur court. Elle dit que la jeunesse se radicalise. Elle ne passera pas par moi. Je suis rationnel, j’ai lu des livres. Je suis armé. Cette rumeur c’est n’importe quoi, dis-je, et le dire la colporte. Et elle grandit. L’air est gorgé d’elle, charrie des complots. L’air est saturé de soupçons. Irrespirable. Et moi, corps conducteur à mon corps défendant, me voici intoxi
Je vais écrire une pièce. Elle tachera de parler autrement, plus longuement, plus précisément. Elle tachera de parler d’autre chose. Elle racontera trois segments de la vie d’un homme qui tache de parler d’autre chose. Et la chose insistera, comme toujours insiste ce qui est nié. L’homme ne réussira qu’à moitié. Il ne se sera purgé qu’à moitié. Au moins nous aurons essayé. »

Ainsi François Bégaudeau évoque trois étapes de la vie de Stéphane, professeur d’histoire, dont le parcours est proche du sien.
Supposé bien connaître les jeunes, il est diversement sollicité au sujet du soupçon de radicalisation qui plane sur eux.
Au cours de trois face-à-face avec un adolescent en rupture avec son père qui s’inquiète du temps passé par son fils sur internet, un journaliste qui désire lui confier des entretiens avec des jeunes de banlieue et un auteur-metteur en scène qui veut écrire une pièce sur le djihadisme, Stéphane tente de répondre aux attentes des uns et des autres. Piégé par ce sujet toxique, son besoin de fuir devient vital.

Le résultat est assez prenant et surprenant avec pas mal d’ humour, Bégaudeau passe en revue les vérités et les illusions, les tragédies réelles et les complots plus ou moins ineptes( illuminatis , reptiliens …) liés à la peur d’un désastre annoncé. Et il nous incite à ne pas succomber à cette peur sans nier la variété des problématiques : belle illustration d’un fait de société qui fait un détour pédagogique sur la construction des représentations et des relations humaines:l’ acteur qui joue le prof est son miroir , le symbole de la nécessité de transmettre la nécessité de penser et douter ….

cf http://www.cieitalique.fr/cieitalique.fr/Accueil.html

voir extrait sur

https://www.theatre-video.net/video/Contagion-de-Francois-Begaudeau-m-e-s-Valerie-Grail-Presentation

La route du Levant

Interprète(s) : Jean-Pierre Baudson, Grégory Carnoli

  • Metteur en scène : Jean-Michel Van den Eeyden
  • Créateur sonore : Vincent Cahay
  • Régisseur : Arnaud Bogard, Samson Jauffret

Nous voici dans un huis clos oppressant qui tenter de comprendre la radicalisation religieuse violente et questionne la légitimité de la repression d’ Etat …
Deux hommes dans un commissariat de banlieue, l’un est policier, l’autre est soupçonné de vouloir rejoindre un groupe terroriste en zone de conflits; l’un défend les opportunités offertes par notre société, l’autre illustre une jeunesse pétrie de désillusions. Commence alors un interrogatoire tendu, à la manière d’un jeu d’échecs, chacun tentant de donner le change pour déstabiliser l’autre. Leurs visions du monde occidental se confrontent, s’affrontent… jusqu’à ébranler nos idées reçues ? de Le texte écrit pat le Dominique Ziegler ( auteur engagé de entre autres Vitual 21 et Affaires privées) lève le voile le mécanisme de la violence et sa contagion en miroir , il ose poser la question de l’empathie envers les «  terroristes »et nous amène à une résolution finale qui fait froid dans le dos , une sorte de politique fiction en guise d’ avertissement non manichéen …

La chute ( à prendre avec distance comme le suggère la mise en scène )rend utile le débat instauré après chaque représentation ..

Les deux acteurs sont formidables d’humanité , de tension et de violence contenue …

 

http://www.ancre.be/news/2017-06-12_L’Ancre-%C3%A0-Avignon!

Aperçu sur https://www.youtube.com/watch?v=1Z5SbOVFE0w

 

Les passagers de l’ aube

Interprète(s) : Aïda Asgharzadeh, Julie Cavanna, Matthieu Hornuss, Charles Lelaure, ou alternance Mise en scène : Violaine Arsac

Voilà une superbe mise en scéne sur un sujet émovant et complexe : les expériences de mort approchées », Violaine Arsac a fait un travail de recherche très sérieux des faits scientifiques réels et arrive à laisser supposer une complémentarité entre science et spiritualité …
C’est l’histoire d’un brillant interne en dernière année de neurochirurgie et à l’avenir tout tracé dont toutes les certitudes vont voler en éclat. D’une polémique scientifique qui va l’entraîner dans une fuite en avant, mettant ainsi en danger sa carrière, l’estime de son meilleur ami et même la femme qu’il aime. D’une quête effrénée où vont s’affronter connaissances scientifiques et sagesses anciennes, médecine occidentale et traditions ancestrales, amour et raison, physique classique et physique quantique. C’est l’histoire d’un homme qui va prendre le risque de tout perdre, ou de tout gagner. Et auss surtout l’histoire d’amour hors du commun d’Alix et Noé.

Le quatuor amoureux est très bien posé , les acteurs jouent plusieurs rôles et portent les dialogues à un somment d’émotion renforcée par l’ emprunt de la musique d’Interstellar par Hans Zimmer

Le morale de ce film s’applique bien à cette pièce inspirée : seul l’ amour transcende l’espace et le temps …

http://www.theatredespossibles.com/LPDA.html

L’A-DEMOCRATIE//VOLET#3 — ROUGE

Le maniement des larmes
Dessous des cartes, dessous de table, où en est la Vème République ?

Interprète(s) : Nicolas Lambert, Hélène Billard, Eric Chalan, Jean-Yves Lacombe, Frédéric Evrard, Erwan Temple
Valse des valises, téléphones sur écoute, studios de radio, discours, conférences de presse, drames familiaux, guerres… « Le Maniement… » dresse un portrait acide et explosif de la politique d’armement de la Vème République par ses protagonistes célèbres où non …

Le 8 mai 2002, à Karachi au Pakistan, un attentat provoque la mort de 14 personnes, dont 11 employés français de la Direction des Constructions Navales de Cherbourg.

Le 20 octobre 2011, en Libye, le président Mouammar Kadhafi meurt dans des circonstances encore confuses aujourd’hui, dans un pays soumis au feux des armes de la France sous l’égide de l’OTAN.

Une élection présidentielle française perdue, puis une autre, remportée par l’héritier politique du précédent. L’une et l’autre pouvant avoir été financées par des ventes d’armes de guerres négociées par des intermédiaires communs…

Tissant des fils entre ces « actualités », la pièce dresse un portrait de la politique de l’armement en France. Sur scène, ce qui nous arrive et ceux par qui nous arrivent ces évènements : personnalités politiques (président, Premier ministres, députés), intermédiaires et hommes de l’ombre, mais aussi journalistes et agents du renseignement.

Nicolas Lambert a inventé un théâtre d’investigation drôle et extrêmement documenté sur les dérives de notre démocratie en rapport avec l’usage du pouvoir régalien ( corruption , trafic d’ armes , choix nucléaires ) : une trilogie basée sur des faits réels repris sans déformation ( déclarations politiques , écoutes téléphoniques …) et portée par un talent d’imitateur fou …

Des personnages à la Audiard et des familles qui explosent creusant une faille d’ où la vérité va sortir : Sarkozy est démasqué , Rocard en sort grandi suite à son intervention devant le parlement.

On peur relire à profit le texte des pièces : des archives pour une autre histoire de notre pseudo démocratie ……

à voir https://www.youtube.com/watch?v=QuqqWrXWdyk

 

 

 

 

 

 

Argent pudeur er décadence
Interprète(s) : Aurélia Tastet, Audrey Mallada

Metteur en scène : Romain Louvet, Alexandre Pavlata,

Voilà un ovni théatral:une COMÉDIE FINANCIÈRE, insolente, surréaliste et cynique qui plonge le spectateur dans le royaume délirant de la monnaie , les échanges économiques et la spéculation
Un tourbillon d’arrivisme et de finance dans laquelle les deux comédiennes survitaminées tiennent la salle en changeant de rôle , se faisant tour à tour banquière , altemondialiste , mère de famille où trader . C’est très enlevé sans temps mort avec un souci pédagogique avéré (qui se poursuit à la sortie de la pièce avec les cartes postales ) …

Une bonne pièce burlesque qui questionne la place de l’argent roi et de notre addiction matérialiste ..

 

https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=e24WqE5xw4c

 

Du Bouc à l’espace vide

Interprète(s) : Xavier CLION, Julien SAADA

Metteur en scène : Sophie Lecarpentier Décor : Brice Lemestique

Pari réussi de traverser, en 1 heure, l’Histoire du Théâtre occidental, depuis ce bouc sacrifié lors de représentations tragiques en Grèce antique, jusqu’à l’espace vide de Peter Brook puis des mises en scène contemporaines.

Cette fausse conférence qui dérape, s’emballe au gré des divagations joyeuses de 2 comédiens rivalisant d’anecdotes et s’appropriant avec frénésie les plus grands textes du répertoire, de Sophocle à Feydeau, de Racine à Beckett…
Un parti pris subjectif l’on parle de ça aussi, de ces choix qu’il faut faire pour raconter une Histoire du théâtre, notre Histoire du théâtre. Brecht, Copeau, Antoine, Brook, Molière, Camus, Hugo, Corneille, Shakespeare, les Symbolistes, le Théâtre de l’absurde… Ceux qui ont fait le Théâtre occidental surgissent tour à tour sur le plateau pour y exposer leur projet mais aussi, et surtout, pour l’incarner, et pour le défendre. Les noms fusent, se bousculent et s’entrecroisent pour aboutir aussi à la question de la place de l’Etat et de la politique culturelle, dans la création théâtrale.
C’est un
très bon cours magistral drôle et pédagogique qui rend hommage avec à la diversité des formes et des enjeux de l’Art Dramatique dans toute sa richesse et sa nécessité sans cesse réinventée

Du théatre qui donne envie d’aller au théatre pour parfaire sa culture génèrale

http://www.compagnieeulalie.com/

 

 

 

 

Le 9éme art était présent cette année en Avignon ! Jérome Leroy alias Jerlock était présent tout le mois de Juillet à la galerie Art Up ( 26 rue des Teinturiers) pour présenter son travail et dédicacer son album édité par Tartamudo en collaboration avec la ville et la métropole .

Graphiste et animateur issu de l’école des Gobelins Jérome a un réel talent pour le carnet de voyage où il note ses observations:la ville d’ Avignon pendant le festival est sous sa plume le ‘ théâtre » de scènes tendres et burlesques qui évoquent parfois TATI : on croise des festivaliers anonymes , des acteurs , des techniciens croqués avec empathie : les aquarelles exposées montrent un vrai talent pour le portrait et parfois l’ autoportrait ( en témoin muet où questionneur faussement naif )

L’ album est un beau souvenir du festival où l’on peut parfois se reconnaître au détour d’une page

Jérôme s’investit également dans l’animation ( voir le cout « la bite » sur Viméo) et va prochainement visiter l’ univers du Comic Strip ….

 

l’ouvrage est dispo sur https://tartamudobd.wordpress.com/2016/08/05/nouveautes-prevues-2016/

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