L’empereur des Boulvards ( Avignon Off 2026)

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La compagnie Le Courrier des Théâtres n’en est pas à son coup d’essai dans l’art de faire revivre les figures historiques et littéraires. Après « Monsieur Chasse », « Ludwig II » ou « À l’Ombre d’Oz », cette troupe permanente du Théâtre du Sablier, dans le Vaucluse, poursuit avec constance sa mission : défendre un théâtre traversé par l’Histoire, qui ne se contente pas d’illustrer le passé mais le fait vibrer sous nos yeux. Une compagnie qui tourne autant à Paris qu’à travers la France, et qui revient cette année fouler à nouveau les planches d’Avignon.

Le pari ici est audacieux : raconter la vie entière de Georges Feydeau, l’auteur qui a porté le vaudeville français à son incandescence, à travers cinq comédiens qui se glissent dans la peau de plus de trente personnages. Du triomphe fulgurant de « Tailleur pour Dames » aux salons mondains de chez Maxim’s, de son amitié complice avec les Guitry à ses rencontres plus sombres, la pièce nous emmène des sommets de la gloire jusqu’aux zones d’ombre d’un homme tiraillé entre l’amour de sa femme, ses conquêtes nocturnes et le poids de ses propres créations. C’est un voyage dans le Paris festif de la Belle Époque, mais c’est surtout le portrait intime d’un homme qui se cache derrière l’auteur à succès.

Cinq comédiens pour trente personnages : l’exercice est vertigineux et repose entièrement sur la virtuosité des interprètes. Vincent Albaracin, Damien Cochin, Carla d’Emilia, Julie Fidel et Kevin Maille doivent enchaîner les incarnations, passer d’un registre à l’autre, faire exister tour à tour les proches, les rivaux, les muses et les fantômes de Feydeau, sans jamais perdre le fil de cette vie foisonnante. C’est précisément ce genre de défi qui, quand il est relevé avec cette énergie, donne au spectateur ce plaisir particulier de voir le théâtre se faire sous ses yeux, à vue, dans toute sa fabrique.

À la mise en scène, Olivier Schmidt, qui signe également le texte aux côtés de Feydeau lui-même, orchestre cette traversée d’une vie avec le rythme et la précision qu’exige le genre : celui du vaudeville, où l’esprit doit claquer et où chaque scène appelle la suivante sans temps mort. En à peine une heure et quinze, la pièce promet une plongée dense et enlevée dans les décennies les plus flamboyantes du théâtre de boulevard.

Estampillé « théâtre musical », le spectacle s’annonce comme une traversée qui ne se contente pas des mots : la musique y accompagne l’ivresse de cette époque, entre cabarets et salons parisiens, pour recréer l’atmosphère électrique d’un Paris où l’on riait fort et où l’on aimait plus fort encore. On apprécie l’inquiétante étrangeté de certaines scènes ou l’auteur semble céder à la tentation incarné par un tenancier de bordel avatar de Lucifer ..

Alors si vous cherchez, cet été à Avignon, un spectacle qui mêle rire, rêve et nostalgie, qui rend justice à l’un des plus grands noms du théâtre français tout en révélant l’homme fragile qui se cachait derrière le génie comique, courez au 95. Au Verbe Fou. « L’Empereur des Boulevards » se joue du 3 au 25 juillet, à 17h45, et vous promet un moment de théâtre aussi généreux que ses trente personnages.

/https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8200-l-empereur-des-boulevards

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