Il y a des rencontres qui ne se laissent pas oublier, et c’est précisément de l’une d’elles qu’est né Maria, le nouveau spectacle de la Compagnie Det Kaizen, à découvrir cet été au Théâtre du Train Bleu dans le cadre du Pavillon de la Région Île-de-France.
Dirigée par Gaëlle Hermant, cette compagnie s’est taillé une place singulière dans le paysage théâtral contemporain en tissant, création après création, un dialogue exigeant entre écriture de plateau, matériau documentaire et musique live. Avec Maria, coécrit avec la dramaturge Olivia Barron, elle signe une œuvre à la fois intime et universelle, portée par une authentique nécessité de raconter.
Tout commence par une rencontre bouleversante avec Maria Vassalli, cartomancienne italienne installée à Paris. De cette rencontre, les deux autrices tirent un récit qui mêle fiction, témoignages et confidences pour interroger un besoin très contemporain : pourquoi cherchons-nous à tout prix à connaître l’avenir, quand le présent lui-même semble nous échapper ? Dans le salon de Maria, les êtres viennent déposer leurs doutes, leurs peurs, leurs histoires inachevées. Le spectacle en fait un espace de circulation des récits, où chacun, en écoutant l’autre, entame malgré lui un chemin de réparation. Derrière la voyance se dessine ainsi une réflexion pudique et puissante sur la transmission, la blessure et la reconstruction de soi.
Sur le plateau, l’interprétation porte cette matière sensible avec une justesse rare. Magaly Godenaire incarne Maria avec une présence habitée, tandis qu’autour d’elle gravitent les figures qui peuplent son imaginaire : John Arnold, en alternance avec Samuel Churin, prête son incarnation au Pape et à Jack, Claire Duchêne compose une Papesse habitée par le mystère, et Jules Garreau glisse avec finesse entre Le Mat et Léo-Paul. Cette troupe, formée aux plus belles écoles du théâtre français, donne corps aux arcanes du tarot comme à la réalité la plus concrète, sans jamais verser dans l’artifice.
Pensée spécifiquement pour Avignon, la mise en scène de Gaëlle Hermant fait le pari de l’épure. Le plateau, presque nu, devient un espace de confidence suspendu entre réel et invisible, où les lumières sculptent des zones d’intimité et où le spectateur est convié à circuler entre les strates du récit. Cette forme allégée, révèle toute la force du texte et des interprètes, sans autre décor que la parole et la présence d’acteurs incarnants aussi des figures du Tarot ,pas de cartes en visuel mais la force de la parole et de leur incarnation par les personnages , pari osé qui pourra désorienté les spectateurs peu familiers du jeu de carte.
Et la musique, ici, n’est jamais accessoire : jouée en direct au violon et au violoncelle par Viviane Hélary et Claudine Pauly, elle infuse chaque scène d’une respiration supplémentaire, ouvre des espaces de suspension et accompagne les bascules entre le tangible et l’onirique. Elle est, à sa manière, un personnage à part entière du spectacle, un fil sensible qui relie les récits entre eux.
Alors, si vous cherchez cet été, au cœur du Festival Off, un spectacle qui conjugue intelligence, émotion et humanité, laissez-vous porter jusqu’au Théâtre du Train Bleu. Du 4 au 23 juillet à 18h25, Maria vous ouvre les portes d’un salon pas tout à fait comme les autres, où l’on vient chercher des réponses et où l’on repart, immanquablement, un peu plus léger : avec non des plans sur un futur improbable mais vision plus large de l’ici bas dans le moment présent …
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