Festival Lumière 2014: salut Pedro

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Le sacre d’ Almodovar

Le cinéaste espagnol est arrivé entouré des siens : Marisa Paredes, Rossy De Palma, Elena Anaya, Augustin Almodóvar, qui ont chacun leur tour fait un bref et vif discours alors que Penelope Cruz et Antonio Banderas avaient enregistré une petite vidéo en gros plan, regard caméra, face à face avec un Almodóvar qui a longtemps gardé ses lunettes de soleil pour masquer sa très grande émotion.

La cérémonie s’est orchestrée sous le signe évidemment de l’Espagne, avec les chansons flamenco poignantes interprétées par Agnès Jaoui, Camélia Jordana, et la star de la musique espagnole, Miguel Poveda.

D’autres moments forts et très singuliers ont ponctué cet hommage. Un trio élégant et recueilli, composé de Xavier Dolan, Tahar Rahim et Guillaume Gallienne, ont récité tour à tour dans un silence impressionné le texte écrit par Pedro Almodóvar à la mort de sa mère. Bertrand Tavernier est venu proclamer combien l’oeuvre d’Almodovar avait construit l’Espagne, notamment en la « bikinisant », en lui donnant de la vie, en l’étreignant ! Il fut suivi par Juliette Binoche qui a entonné un remerciement au nom de toutes les actrices, pour ce que le cinéma d’Almodóvar rend aux femmes, avant de lire aux côtés du cinéaste espagnol, ému et fier, la traduction française de son discours de remerciement.

Sur ce discours magnifique expliquant comment, par son oeuvre, Almodóvar a vengé les années de tristesse que la société espagnole rigide de l’époque imposa à sa mère, la salle entière a terminé debout  et enflammée,  en chantant Resistire, la chanson du film Attache moi !

 

Keanu Reeves nous parle de la mémoire du cinéma

Pendant cent ans, il n’y a eu qu’une façon de faire un film : avec de la pellicule. Et puis depuis vingt ans, l’émergence de la technologie numérique a vu l’invention des frères Lumière devenir celle des frères Wachowski, parmi les premiers, surtout à l’époque de Matrix, à dynamiter les modes de fabrication d’un film. Ils figurent parmi la dizaine de réalisateurs de renom qui ont accepté de s’exprimer dans Side By Side de Chris Kenneally, un documentaire passionnant sur l’opposition argentique-numérique. L’acteur révélé par Point Break s’y fait intervieweur pertinent et passionné. «Il a aussi ce talent là : mettre à l’aise les gens dont nous somme s allés à la rencontre estime Chris Kennedy. Sans lui, nous n’aurions pas atteint autant de cinéastes, tous très occupés ».

C’est peu de le dire : George Lucas n’a d’abord pu accorder qu’une demi-heure à l’acteur qui avait sollicité l’entretien trois mois plus tôt. « Pour moi, c’était où il voulait, quand il voulait. Et à l’arrivée nous avons passé une heure ensemble. Soit le double du temps, s’amuse l’acteur. Lucas, c’est le Zeus du numérique ! »

James Cameron (Titanic), David Fincher (Fight Club), Martin Scorsese (Gangs of New York), David Lynch (Sailor & Lula) et Steven Soderbergh (Ocean’s eleven) sont quelques uns des réalisateurs qui ont ouvert leur porte à l’acteur en mode journaliste de cinéma. Et puis Christopher Nolan «qui après avoir consulté son agenda sur un année n’avait pas une minute à nous accorder » révèle le réalisateur. « Mais on l’a eu à l’usure raconte Keanu Reeves. Je lui ai envoyé une lettre tapée à la machine et un jour j’ai fini par faire son interview en vingt minutes, à la cantine, pendant la pose déjeuner sur le tournage de Batman ».

David Lynch lui a confié que le numérique, de par sa mobilité, son instantanéité, donne « un caractère plus intime à son travail, en le rendant visible plus tôt ; plus proche ».

Au moment où la bascule vers le tout numérique se fait de plus  en plus effective, l’acteur dit avoir eu l’impression « d’être le premier à demander à ses pairs « comment vous vous sentez ? Comment vous vivez cette mutation irréversible ? Dans les écoles de cinéma américaine on n’utilise plus du tout les caméras super 8, 16 ou 35 mm. Entre 70 et 90% des salles américaines projettent exclusivement en numérique. A Hollywood des labos ferment, tandis que ceux qui tiennent sont contraints, pour tenir encore, d’appliquer des tarifs exorbitants ».  Il y a moins de deux ans, il est passé à la réalisation (L’homme du Tai Chi). « Et j’ai tourné en… numérique. Car quand j’ai émis l’hypothèse de tourner avec de la pellicule, la réponse de mon producteur a été sans appel  « Non ! » En riant, il venait d’accompagner sa réponse d’un coup sec porté sur la table. L’acteur charmeur venait de reprendre le dessus.

La Nostalgie selon Frank Capra

Remenber Frank Capra, le grand cinéaste humaniste de l’âge d’or d’Hollywood. Au sein d’une filmographie foisonnante qui court sur quarante ans de carrière, l’accent sera porté sur les années 30, période la plus féconde pour le cinéaste. Il y développera ses thèmes de prédilection et trouvera sa « Capra’s Touch », mélange subtil d’humour, d’optimisme et de lucidité. Mais les chefs-d’œuvre plus tardifs ne seront pas oubliés, que ce soit L’Homme de la rue ou La Vie est belle. Cette rétrospective se fait en partenariat avec Park Circus et la Columbia, avec huit films restaurés. On se souvient de la venue l’année dernière de Grover Crisp, grand maître d’œuvre des restaurations et des archives de la Columbia ! Nos remerciements vont également à Hollywood Classics, Lobster Films, Swashbuckler Films et Théâtre du Temple.

Les années 30, ce sont pour Capra les « années Columbia », où associé avec le bouillonnant producteur Harry Cohn, qui a lancé sa carrière, il va contribuer, par sa liberté artistique et le succès de ses films, à transformer cette modeste compagnie en l’un des plus grands studios hollywoodiens ! De Amour défendu, film devenu rare, aux incontournables New York-Miami et Mr. Smith au Sénat, autant d’occasions de redécouvrir en salle une filmographie d’une richesse et d’une diversité parfois insoupçonnées.

L’esprit du cinéma de Capra, c’est bien sûr son attention portée aux injustices sociales et aux dysfonctionnements de la société américaine, perturbée par la crise économique de l’époque, qui va tant l’inspirer, comme dans La Ruée ou Grande dame d’un jour. Des héros du quotidien vont s’insurger contre tous les conservatismes, portés par leur foi sans faille dans la nature humaine. Ils seront incarnés par Gary Cooper, James Stewart, ou Barbara Stanwyck, et la plupart du temps, l’humanisme et la solidarité triompheront.

Mais Capra sut aussi se faire esthète et metteur en scène à grand spectacle. La mode était à l’époque à l’exotisme asiatique? Il réalisera La Grande Muraille, et surtout  le superbe Horizons perdus, fascinant conte philosophique à la beauté surannée. Capra également documentariste engagé et patriote, avec la mythique série Pourquoi nous combattons, commandée par l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, et dont l’un des épisodes sera programmé.

On se souvient de Claude Sautet : un cinéma sur la beauté du quotidien

Une plongée aussi dans sa pensée et son parcours artistique, grâce à la réédition de Conversations avec Claude Sautet, par Michel Boujut, l’un des rares ouvrages qui fasse référence sur le cinéaste. Édité une première fois en 1994 dans la collection Institut Lumière / Actes Sud, puis de nouveau en 2001, il était depuis épuisé. Une nouvelle édition, préfacée par Thierry Frémaux, sera disponible en librairie dès le 1er octobre 2014. À le relire aujourd’hui, le livre n’a rien perdu de sa grâce.

Cette intégrale sera également accompagnée du film documentaire Claude Sautet ou la magie invisible, réalisé par le critique N. T. Binh, construit autour d’une série d’entretiens avec Claude Sautet, peu de temps avant sa disparition, et avec ceux qui l’ont côtoyé.

Après des débuts dans le cinéma de genre en 1960 avec Classe tous risques, puis L’Arme à gauche (l’époque est à la Nouvelle Vague et les regards des jeunes cinéastes français sont tournés vers les classiques américains), Claude Sautet va rapidement trouver sa voix. Ce sera le choc émotionnel des Choses de la vie en 1970 et le début d’un compagnonnage avec Romy Schneider et Michel Piccoli. D’autres acteurs  rejoindront peu à peu la troupe, au moins deux générations : Yves Montand, Samy Frey, Bernard Fresson, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, Jacques Dutronc, Michel Serrault… Et puis viendront Daniel Auteuil ou Emmanuelle Béart, dans les années 90.

Claude Sautet auteur secret, cinéaste du couple, de l’amitié, et observateur méticuleux des bouleversements sociétaux de son pays sur une trentaine d’année. Une précision et une rigueur bouleversantes, à l’image de son écriture et de son travail de metteur en scène, que cette rétrospective permettra d’apprécier à sa juste valeur, dans les salles de Lyon et du Grand Lyon, en présence de nombreux invités.

 

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